SORTIR DU DÉCLASSEMENT : RESTAURER L’ATTRACTIVITÉ ET DÉFENDRE LE STATUT — ÉPISODE 8

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Au terme de cette série consa­crée au déclas­se­ment des cadres de la fonc­tion publique, une évi­dence s’impose : il ne s’agit ni d’un malaise pas­sa­ger ni d’un simple ralen­tis­se­ment des car­rières. Le déclas­se­ment est un pro­ces­sus struc­tu­rel, ins­tal­lé dans la durée, qui com­bine éro­sion du trai­te­ment indi­ciaire, mon­tée en puis­sance des primes, contrainte bud­gé­taire per­ma­nente, trans­for­ma­tion mana­gé­riale de l’État et dilu­tion pro­gres­sive du sens des mis­sions. Pour les per­son­nels d’inspection comme pour l’ensemble des cadres, la ques­tion dépasse désor­mais la seule dimen­sion sala­riale : elle touche à la cohé­rence du ser­vice public et à la soli­di­té du sta­tut.

Un révélateur récent : l’ouverture au privé du concours d’IA-IPR envisagée par le ministère !

L’actualité récente en four­nit une illus­tra­tion par­ti­cu­liè­re­ment éclai­rante. Selon la presse spé­cia­li­sée, notam­ment le Café péda­go­gique, les textes per­met­tant l’ouverture du concours d’Inspecteurs d’académie-Inspecteurs péda­go­giques régio­naux (IA-IPR) aux ensei­gnants de l’enseignement pri­vé sous contrat seraient prêts au minis­tère. Cette ini­tia­tive inter­vient dans un contexte de baisse des can­di­da­tures au concours. La ques­tion n’est pas ici celle des per­sonnes ni celle de leur enga­ge­ment pro­fes­sion­nel ; elle est celle du diag­nos­tic posé par l’institution. Face à une crise d’attractivité, deux voies sont pos­sibles : amé­lio­rer les condi­tions d’exercice, la recon­nais­sance et les pers­pec­tives de car­rière, ou élar­gir le vivier de recru­te­ment pour “com­pen­ser l’érosion”. Le choix qui semble aujourd’hui pri­vi­lé­gié relève clai­re­ment de la seconde logique, pure­ment ins­crite dans l’i­déo­lo­gie du nou­veau mana­ge­ment public.

Toujours le même processus à l’œuvre

Ce sché­ma n’est pas inédit. Depuis plu­sieurs années, un même pro­ces­sus se répète : les condi­tions d’exercice se dégradent pro­gres­si­ve­ment, l’attractivité des fonc­tions dimi­nue, les recru­te­ments deviennent plus dif­fi­ciles, puis l’on adapte les moda­li­tés d’accès au corps concer­né, par le recours mas­sif à la contrac­tua­li­sa­tion par exemple. Ce cycle ne touche pas uni­que­ment les IA-IPR ; il concerne plus lar­ge­ment la fonc­tion publique. Mais appli­qué à un corps de cadres supé­rieurs inves­tis d’une mis­sion d’expertise, d’évaluation et de régu­la­tion, il prend une signi­fi­ca­tion par­ti­cu­lière. Avant de modi­fier les règles d’accès, il convien­drait d’interroger les causes pro­fondes de la désaf­fec­tion : charge de tra­vail crois­sante, empi­le­ment des mis­sions, pres­sion éva­lua­tive accrue, repor­ting per­ma­nent, reva­lo­ri­sa­tion indi­ciaire insuf­fi­sante, fra­gi­li­sa­tion de l’autonomie pro­fes­sion­nelle. Ouvrir le recru­te­ment sans trai­ter ces fac­teurs revient au mieux à contour­ner le pro­blème plu­tôt qu’à le résoudre voire au pire à s’en sai­sir s’en sai­sir comme d’une oppor­tu­ni­té pour davan­tage atta­quer l’É­cole publique, le Sta­tut géné­ral de la fonc­tion publique et les Sta­tuts par­ti­cu­liers.

La question posée est avant tout statutaire

Les IA-IPR relèvent de la fonc­tion publique d’État et incarnent une concep­tion exi­geante du cadre public : neu­tra­li­té, indé­pen­dance, res­pon­sa­bi­li­té et exper­tise. Lorsque les moda­li­tés d’accès évo­luent sans débat appro­fon­di sur la nature des mis­sions, les garan­ties sta­tu­taires, la for­ma­tion et l’équilibre des par­cours, c’est l’architecture col­lec­tive du corps qui se trouve fra­gi­li­sée. Dans un contexte de déclas­se­ment, ces évo­lu­tions peuvent être per­çues comme une étape sup­plé­men­taire dans la dilu­tion du cadre sta­tu­taire et dans l’affaiblissement de l’identité pro­fes­sion­nelle.

Déclassement et attractivité : un lien direct

L’attractivité d’un corps de cadres ne se décrète pas. Elle repose sur la recon­nais­sance pro­fes­sion­nelle, la sta­bi­li­té des pers­pec­tives de car­rière, la lisi­bi­li­té des par­cours et la cohé­rence des mis­sions confiées. Lorsque ces élé­ments s’érodent, les can­di­da­tures dimi­nuent méca­ni­que­ment. La réponse ne peut être pure­ment tech­nique ; elle doit être poli­tique au sens noble du terme. Quelle ambi­tion la Nation entend-elle por­ter pour ses cadres publics ? Le SNCI-FO, dans la conti­nui­té des orien­ta­tions de sa fédé­ra­tion, la FNEC FP-FO, défend une ligne constante : prio­ri­té au trai­te­ment indi­ciaire, cla­ri­fi­ca­tion des mis­sions, conso­li­da­tion des grilles de car­rière et res­tau­ra­tion de l’autonomie pro­fes­sion­nelle.

Sor­tir du déclas­se­ment sup­pose de réta­blir un cercle ver­tueux. Il s’agit de recon­naître les dif­fi­cul­tés réelles ren­con­trées par les cadres, d’ouvrir un débat bud­gé­taire sin­cère, de reva­lo­ri­ser dura­ble­ment les car­rières et de redon­ner du sens aux fonc­tions d’inspection. À défaut, les ajus­te­ments péri­phé­riques risquent de mas­quer un affai­blis­se­ment plus pro­fond du sta­tut et, à terme, de l’école publique elle-même. Le déclas­se­ment des cadres n’est pas une ques­tion cor­po­ra­tiste ; il engage l’attractivité de la fonc­tion publique, la qua­li­té de l’expertise admi­nis­tra­tive et la conti­nui­té du ser­vice public d’éducation.

La série s’achève ici, mais le débat demeure ouvert

Défendre le sta­tut, ce n’est pas pro­té­ger un pri­vi­lège : c’est garan­tir les condi­tions d’un ser­vice public solide, exi­geant et indé­pen­dant. Com­prendre les méca­nismes du déclas­se­ment est une étape ; agir col­lec­ti­ve­ment pour y mettre fin est désor­mais une néces­si­té.

Com­prendre, agir,

défendre les per­son­nels d’ins­pec­tion et l’É­cole publique :

votez SNCI-FO, 3‑6 décembre 2026 !