DÉCLASSEMENT DES CADRES DE LA FONCTION PUBLIQUE — ÉPISODE 1

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UNE ALERTE SOCIALE ET PROFESSIONNELLE MAJEURE : COMPRENDRE ET AGIR

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Depuis plu­sieurs années, un phé­no­mène tra­verse la fonc­tion publique : le déclas­se­ment des cadres. Der­rière ce terme se cachent des réa­li­tés concrètes : perte de recon­nais­sance, stag­na­tion des car­rières, primes qui rem­placent les reva­lo­ri­sa­tions indi­ciaires, sur­charge de tra­vail et mise en cause du sens même des mis­sions. Pour les per­son­nels d’inspection de l’éducation natio­nale, ce déclas­se­ment est deve­nu une expé­rience vécue au quo­ti­dien. Il s’agit d’une alerte sociale et pro­fes­sion­nelle majeure, à laquelle le SNCI-FO entend don­ner toute sa force de mobi­li­sa­tion.

1. Qu’appelle-t-on « déclassement » ?

Le déclas­se­ment désigne la situa­tion où des per­son­nels ayant le sta­tut, le niveau de res­pon­sa­bi­li­té et la qua­li­fi­ca­tion d’un cadre ne béné­fi­cient plus de la recon­nais­sance sociale et finan­cière cor­res­pon­dante.

Dans la fonc­tion publique, il se mani­feste par :

  • l’écart crois­sant entre res­pon­sa­bi­li­tés exer­cées et rému­né­ra­tions indi­ciaires,
  • la mon­tée en puis­sance des primes non coti­sées (RIFSEEP), qui fra­gi­lisent les retraites,
  • des mobi­li­tés for­cées ou des postes « requa­li­fiés » vers le bas,
  • une perte d’autonomie pro­fes­sion­nelle au pro­fit d’objectifs de ges­tion chif­frés.

Ce n’est pas seule­ment une impres­sion : les enquêtes syn­di­cales et les tra­vaux de socio­logues confirment que la caté­go­rie des cadres publics est aujourd’hui par­ti­cu­liè­re­ment expo­sée à ce déclas­se­ment.

2. Les causes structurelles

Le déclas­se­ment n’est pas le fruit du hasard ni des seules contraintes bud­gé­taires. Il s’inscrit dans un chan­ge­ment de modèle :

  • l’introduction du nou­veau mana­ge­ment public, qui trans­forme les cadres en simples relais d’indicateurs,
  • la logique d’aus­té­ri­té bud­gé­taire et de « pilo­tage par la per­for­mance », qui réduit la fonc­tion publique à une variable d’ajustement,
  • la géné­ra­li­sa­tion des primes et indem­ni­tés au détri­ment du trai­te­ment de base,
  • la perte pro­gres­sive de garan­ties sta­tu­taires, sous l’effet de la contrac­tua­li­sa­tion.

Comme l’ont mon­tré Danièle Lin­hart ou Roland Gori, ces évo­lu­tions pro­voquent une désub­jec­ti­va­tion et une perte de sens au tra­vail pour les cadres. D’autres cher­cheurs, comme Dumé­nil & Lévy ou Alain Bihr, sou­lignent que l’encadrement est une « classe en posi­tion contra­dic­toire » : il assume des res­pon­sa­bi­li­tés impor­tantes mais voit ses marges de manœuvre et sa recon­nais­sance se réduire.

3. Les effets sur les personnels d’inspection

Pour les IEN et les IA-IPR, les mani­fes­ta­tions du déclas­se­ment sont claires :

  • des mis­sions tou­jours plus lourdes (inclu­sion, san­té sco­laire, pilo­tage péda­go­gique, ges­tion de crise) sans moyens sup­plé­men­taires,
  • des car­rières ralen­ties et des écarts de rému­né­ra­tion crois­sants avec d’autres corps de l’encadrement,
  • un iso­le­ment pro­fes­sion­nel ren­for­cé, avec un sen­ti­ment d’abandon par l’institution,
  • un impact direct sur la san­té au tra­vail, avec un niveau de ten­sion psy­cho­lo­gique inédit.

Nom­breux sont ceux qui témoignent : « Nos res­pon­sa­bi­li­tés aug­mentent, mais notre sta­tut et nos condi­tions ne suivent pas. »

4. Une alerte syndicale et un appel à mobilisation

Le déclas­se­ment des cadres de la fonc­tion publique, et en par­ti­cu­lier des per­son­nels d’inspection, n’est pas une fata­li­té.

Le SNCI-FO porte des reven­di­ca­tions claires :

  • reva­lo­ri­sa­tion indi­ciaire immé­diate,

  • inté­gra­tion des primes dans le trai­te­ment de base pour garan­tir la retraite,

  • recon­nais­sance des mis­sions réelles et de la charge de tra­vail,

  • pro­tec­tion sta­tu­taire ren­for­cée contre les déclas­se­ments de postes,

  • amé­lio­ra­tion des condi­tions de tra­vail et pré­ven­tion des risques psy­cho­so­ciaux.

Loin de se rési­gner, notre syn­di­cat appelle à trans­for­mer cette alerte en mobi­li­sa­tion col­lec­tive. Car défendre la place et le sta­tut des cadres dans la fonc­tion publique, c’est défendre le ser­vice public lui-même.