Pour une rémunération qui protège le statut, les carrières et les retraites
Chères collègues, chers collègues,
Au terme de cette série, une conviction s’impose.
Le débat sur le RIFSEEP ne se résume pas à une discussion sur les primes. Il nous oblige à répondre à une question beaucoup plus fondamentale : quelle conception de la fonction publique voulons-nous défendre ?
Depuis plusieurs semaines, nous avons souhaité dépasser les discours convenus pour revenir aux faits.
Notre enquête a montré que les questions de rémunération, de RIFSEEP et de retraite constituent aujourd’hui la première préoccupation des personnels d’inspection.
Nous avons ensuite expliqué le fonctionnement du RIFSEEP, montré son impact sur les pensions de retraite et analysé la logique qui le sous-tend.
Une conclusion s’impose : le RIFSEEP n’est pas une simple évolution technique de notre régime indemnitaire.
Il participe d’une transformation beaucoup plus profonde de la fonction publique.
Au-delà des primes, un changement de modèle
Pendant longtemps, la rémunération des fonctionnaires reposait sur un principe clair. Le traitement indiciaire constituait le cœur de la carrière. Il reconnaissait le grade, la qualification, l’expérience et les responsabilités exercées. Il ouvrait pleinement des droits à pension et garantissait une progression de carrière lisible.
Depuis plusieurs années, cette logique évolue.
Une part croissante de la rémunération est désormais versée sous forme indemnitaire. Les responsabilités sont davantage reconnues par des primes que par l’indiciaire. L’évaluation prend une place grandissante dans les mécanismes de rémunération. La rémunération devient progressivement un instrument de management.
Cette évolution est souvent présentée comme moderne, plus souple, plus efficace.
Nous ne partageons pas cette analyse.
Car ce qui est en jeu dépasse largement le montant des primes. C’est la philosophie même de la rémunération des fonctionnaires qui est en train d’évoluer.
La rémunération n’est jamais neutre
La manière dont un employeur rémunère ses agents traduit toujours une certaine conception du travail. Une rémunération essentiellement indiciaire reconnaît durablement une qualification, une carrière et des responsabilités. Une rémunération de plus en plus indemnitaire privilégie une logique différente : celle des fonctions exercées, de la modulation, de l’individualisation et, progressivement, de la performance.
Pour les personnels d’inspection, cette évolution ne peut être considérée comme anodine.
Nos missions exigent une expertise reconnue, une indépendance de jugement et une capacité à exercer nos responsabilités dans le seul intérêt du service public. Ces exigences méritent une reconnaissance durable. Pas une reconnaissance qui varie au gré des dispositifs indemnitaires.
Notre désaccord est un désaccord de fond
Le SNCI-FO ne conteste pas la nécessité de mieux reconnaître les responsabilités des personnels d’inspection.
Bien au contraire.
Nous estimons depuis longtemps que leur rémunération doit être revalorisée. Mais nous refusons que cette reconnaissance repose principalement sur un régime indemnitaire.
- Parce que les primes ne produisent pas les mêmes droits que le traitement indiciaire.
- Parce qu’elles construisent imparfaitement la retraite.
- Parce qu’elles individualisent les rémunérations.
- Parce qu’elles peuvent devenir un levier de pilotage managérial.
Notre désaccord ne porte donc pas sur le montant des primes. Il porte sur leur place dans notre rémunération.
Notre proposition
Notre revendication est claire.
Elle est constante.
Elle est cohérente avec notre conception du statut.
Nous demandons l’abandon du RIFSEEP.
Nous revendiquons le basculement progressif des crédits aujourd’hui consacrés au régime indemnitaire vers le traitement indiciaire. Ce choix permettrait de reconnaître durablement les responsabilités exercées par les personnels d’inspection. Il renforcerait les droits à pension.
Nous revendiquons le basculement progressif des crédits aujourd’hui consacrés au régime indemnitaire vers le traitement indiciaire. Ce choix permettrait de reconnaître durablement les responsabilités exercées par les personnels d’inspection.
- Il renforcerait les droits à pension.
- Il redonnerait toute sa place au traitement statutaire.
- Il redonnerait toute sa place au traitement statutaire.
- Il contribuerait à préserver l’indépendance des corps d’inspection.
Nous savons qu’une telle évolution ne pourra être obtenue en un jour.
Mais une organisation syndicale ne se définit pas seulement par les compromis qu’elle accepte.
Elle se définit aussi par l’horizon qu’elle fixe.
Une certaine idée de la fonction publique
Cette année, nous avons célébré les 80 ans du statut général de la fonction publique.
Le statut de 1946, porté par Maurice Thorez, puis profondément rénové en 1983 sous l’impulsion d’Anicet Le Pors, n’avait pas seulement pour ambition d’organiser les carrières des fonctionnaires.
Il portait une certaine idée de l’État.
En garantissant aux fonctionnaires une carrière, une rémunération attachée au grade et des droits statutaires, il ne protégeait pas uniquement les agents. Il garantissait leur indépendance, leur neutralité et leur capacité à servir exclusivement l’intérêt général, quelles que soient les alternances politiques ou les modes managériales.
Près de quatre-vingts ans plus tard, la question demeure d’une étonnante actualité.
La rémunération des cadres de l’État doit-elle devenir un outil de management, modulable en fonction des postes, des objectifs ou de l’évaluation ? Ou doit-elle rester l’une des garanties essentielles du statut, attachée à la qualification, au grade et à la carrière ?
Pour le SNCI-FO, la réponse est sans ambiguïté.
Nous refusons que la reconnaissance des responsabilités exercées passe toujours davantage par des dispositifs indemnitaires, individualisés et insuffisamment protecteurs.
Nous défendons une autre conception de la rémunération : une rémunération qui consolide les carrières, qui ouvre pleinement des droits à pension et qui garantisse l’indépendance professionnelle des personnels d’inspection.
C’est pourquoi nous demandons l’abandon du RIFSEEP et le basculement progressif du régime indemnitaire dans le traitement indiciaire.
Cette revendication ne regarde pas seulement le présent.
Elle engage l’avenir de notre métier.
Elle engage l’avenir de notre statut.
Elle engage, plus largement, la conception que nous nous faisons de la haute fonction publique et du service public d’éducation.
Nous ne défendons pas seulement une autre rémunération.
Nous défendons une autre conception de la fonction publique.
Parce que la rémunération n’est jamais neutre.
Elle dit la manière dont une institution considère celles et ceux qui la servent.
Et derrière la question des primes, c’est bien l’avenir du statut qui est en jeu.