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Vous avez été nombreux à répondre à notre enquête sur les sujets qui préoccupent aujourd’hui les personnels d’inspection. Le résultat est sans ambiguïté : la question de la rémunération — et plus précisément celle du RIFSEEP, des primes et de leur impact sur la retraite — arrive en tête.
Ce classement n’est pas anodin. Il dit quelque chose de profond sur l’état de notre corps et sur les évolutions silencieuses qui traversent notre statut.
Depuis la mise en place du RIFSEEP, la structure de notre rémunération s’est progressivement transformée. La part indemnitaire y occupe désormais une place déterminante. L’IFSE, le CIA, les modulations… Ces mécanismes sont malheureusement devenus familiers. Pourtant, leurs effets à moyen et long terme sont rarement débattus collectivement.
Or cette évolution ne se limite pas à une question de pouvoir d’achat immédiat. Elle touche à trois dimensions essentielles de notre situation professionnelle.
D’abord, la lisibilité de notre progression salariale. Lorsque la part indiciaire stagne et que l’essentiel des évolutions repose sur des primes modulables, la rémunération devient moins prévisible, moins structurante dans une carrière.
Ensuite, la question des droits sociaux. Une part significative des primes n’entre pas dans le calcul de la pension dans les mêmes conditions que le traitement indiciaire. À court terme, la différence peut sembler marginale. Sur une carrière complète, elle devient déterminante.
Enfin, le lien croissant entre rémunération et évaluation interroge. Lorsque la part indemnitaire dépend, même partiellement, de critères d’appréciation hiérarchique, c’est toute la philosophie statutaire qui se trouve déplacée. La logique de garantie collective cède progressivement le pas à une logique d’individualisation.
La question posée par notre enquête n’est donc pas : faut-il des primes ou non ? Personne ne conteste la nécessité d’améliorer la rémunération des personnels d’inspection.
La véritable question est la suivante : peut-on accepter que l’essentiel de notre progression salariale repose sur des éléments non indiciaires, modulables et partiellement déconnectés de nos droits à pension ?
Dans un contexte budgétaire contraint, dans un cadre d’évaluation renforcé, dans un environnement professionnel où les responsabilités s’alourdissent, cette interrogation devient centrale. Elle ne concerne pas seulement notre niveau de rémunération actuel ; elle concerne la solidité de notre statut et notre capacité à exercer nos missions avec l’indépendance qu’elles exigent.
C’est pourquoi nous ouvrons cette série. Non pour polémiquer. Non pour opposer. Mais pour éclairer.
Dans les prochains épisodes, nous analyserons concrètement le fonctionnement du RIFSEEP, ses effets cumulés sur la retraite, et le lien structurel entre indemnitaire et évaluation. Nous formulerons également des propositions précises visant à sécuriser la rémunération, consolider les droits sociaux et préserver l’équilibre statutaire.
Parce que derrière les primes, il y a la retraite.
Derrière la retraite, il y a le statut.
Et derrière le statut, il y a l’expertise professionnelle des personnels d’inspection.
À suivre.