RÉMUNÉRATION, RIFSEEP, RETRAITE : CE QUE RÉVÈLE NOTRE ENQUÊTE DU MOIS DERNIER — ÉPISODE 1

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Vous avez été nom­breux à répondre à notre enquête sur les sujets qui pré­oc­cupent aujourd’hui les per­son­nels d’inspection. Le résul­tat est sans ambi­guï­té : la ques­tion de la rému­né­ra­tion — et plus pré­ci­sé­ment celle du RIFSEEP, des primes et de leur impact sur la retraite — arrive en tête.

Ce clas­se­ment n’est pas ano­din. Il dit quelque chose de pro­fond sur l’état de notre corps et sur les évo­lu­tions silen­cieuses qui tra­versent notre sta­tut.

Depuis la mise en place du RIFSEEP, la struc­ture de notre rému­né­ra­tion s’est pro­gres­si­ve­ment trans­for­mée. La part indem­ni­taire y occupe désor­mais une place déter­mi­nante. L’IFSE, le CIA, les modu­la­tions… Ces méca­nismes sont mal­heu­reu­se­ment deve­nus fami­liers. Pour­tant, leurs effets à moyen et long terme sont rare­ment débat­tus col­lec­ti­ve­ment.

Or cette évo­lu­tion ne se limite pas à une ques­tion de pou­voir d’achat immé­diat. Elle touche à trois dimen­sions essen­tielles de notre situa­tion pro­fes­sion­nelle.

D’abord, la lisi­bi­li­té de notre pro­gres­sion sala­riale. Lorsque la part indi­ciaire stagne et que l’essentiel des évo­lu­tions repose sur des primes modu­lables, la rému­né­ra­tion devient moins pré­vi­sible, moins struc­tu­rante dans une car­rière.

Ensuite, la ques­tion des droits sociaux. Une part signi­fi­ca­tive des primes n’entre pas dans le cal­cul de la pen­sion dans les mêmes condi­tions que le trai­te­ment indi­ciaire. À court terme, la dif­fé­rence peut sem­bler mar­gi­nale. Sur une car­rière com­plète, elle devient déter­mi­nante.

Enfin, le lien crois­sant entre rému­né­ra­tion et éva­lua­tion inter­roge. Lorsque la part indem­ni­taire dépend, même par­tiel­le­ment, de cri­tères d’appréciation hié­rar­chique, c’est toute la phi­lo­so­phie sta­tu­taire qui se trouve dépla­cée. La logique de garan­tie col­lec­tive cède pro­gres­si­ve­ment le pas à une logique d’individualisation.

La ques­tion posée par notre enquête n’est donc pas : faut-il des primes ou non ? Per­sonne ne conteste la néces­si­té d’améliorer la rému­né­ra­tion des per­son­nels d’inspection.

La véri­table ques­tion est la sui­vante : peut-on accep­ter que l’essentiel de notre pro­gres­sion sala­riale repose sur des élé­ments non indi­ciaires, modu­lables et par­tiel­le­ment décon­nec­tés de nos droits à pen­sion ?

Dans un contexte bud­gé­taire contraint, dans un cadre d’évaluation ren­for­cé, dans un envi­ron­ne­ment pro­fes­sion­nel où les res­pon­sa­bi­li­tés s’alourdissent, cette inter­ro­ga­tion devient cen­trale. Elle ne concerne pas seule­ment notre niveau de rému­né­ra­tion actuel ; elle concerne la soli­di­té de notre sta­tut et notre capa­ci­té à exer­cer nos mis­sions avec l’indépendance qu’elles exigent.

C’est pour­quoi nous ouvrons cette série. Non pour polé­mi­quer. Non pour oppo­ser. Mais pour éclai­rer.

Dans les pro­chains épi­sodes, nous ana­ly­se­rons concrè­te­ment le fonc­tion­ne­ment du RIFSEEP, ses effets cumu­lés sur la retraite, et le lien struc­tu­rel entre indem­ni­taire et éva­lua­tion. Nous for­mu­le­rons éga­le­ment des pro­po­si­tions pré­cises visant à sécu­ri­ser la rému­né­ra­tion, conso­li­der les droits sociaux et pré­ser­ver l’équilibre sta­tu­taire.

Parce que der­rière les primes, il y a la retraite.
Der­rière la retraite, il y a le sta­tut.
Et der­rière le sta­tut, il y a l’expertise pro­fes­sion­nelle des per­son­nels d’inspection.

À suivre.