
ÉPISODE 3 — RETRAITE : CE QUE L’ON NE VOUS DIT PAS !
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Dans les deux premiers épisodes, nous avons établi deux réalités. La première : la rémunération des personnels d’inspection est devenue la préoccupation centrale de nos collègues. La seconde : le RIFSEEP n’est pas un dispositif technique neutre — c’est un instrument de transformation de la logique statutaire.
Il reste à mesurer ce que cette transformation produit concrètement. En euros. Chaque mois. Jusqu’à la fin de la vie.
Le principe : une pension construite sur le seul traitement indiciaire
La pension de retraite d’un fonctionnaire de l’État repose sur une formule fixée par la loi :
Pension annuelle brute = 75 % × traitement indiciaire brut des six derniers mois
Sous réserve d’une carrière complète — 172 trimestres depuis la réforme de 2023 —, un agent qui part à la retraite perçoit 75 % de son dernier traitement indiciaire.
Pas de son salaire total. De son traitement indiciaire. L’IFSE, le CIA constitutufs du RIFSEEP n’entrent dans cette base de calcul de la pension.
La traduction en points d’indice
Pour un personnel d’inspection en hors classe — prenons l’hypothèse d’un agent ayant accompli une carrière dans le corps le conduisant au 6e échelon terminal —, la part indemnitaire annuelle représente couramment l’équivalent de 235 points d’indice.
C’est le cœur du problème.
Si cette rémunération avait été intégrée dans le traitement indiciaire plutôt que versée sous forme de primes, elle aurait majoré la base de calcul de la pension. Le gain mensuel de pension aurait été de :
75 % × 235 points × 4,92278 € = 868 € de pension mensuelle supplémentaire.
868 euros par mois, à vie.
Telle est la mesure concrète de ce que le RIFSEEP coûte
en termes de retraite à un inspecteur, à une inspectrice.
Le RAFP : une réponse réelle, mais sans commune mesure
Il existe bien un dispositif destiné à compenser partiellement la non-cotisation retraite sur les primes : la Retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP). C’est un régime obligatoire par points, à capitalisation, dont l’assiette est plafonnée à 20 % du traitement indiciaire brut.
Nous avons étudié son effet pour le profil type décrit ci-dessus. La rente mensuelle générée par le RAFP sur l’ensemble de la carrière dans le corps est sans commune mesure avec la perte calculée ci-dessus. L’ordre de grandeur n’est pas comparable.
Le RAFP ne compense pas. Il atténue à la marge.
Ce que cela signifie
Un inspecteur , une inspectrice qui perçoit ses primes sous forme de RIFSEEP pendant vingt ans dans le corps part à la retraite avec une pension structurellement inférieure à ce qu’elle aurait été si ces mêmes sommes avaient été intégrées dans son traitement indiciaire.
Ce n’est pas un effet secondaire du dispositif. C’est sa conséquence logique et qui était prévisible lors de sa discussion.
Notre position
La seule réponse cohérente est celle que nous défendons depuis la création du SNCI-FO :
- l’aborgation du RIFSEEP et de toute forme de rémunération dite “au mérite”
- le basculement de l’indemnitaire dans l’indiciaire.
Non par posture. Par arithmétique.
Réintégrer les primes dans le traitement, c’est les faire cotiser pleinement. C’est reconstruire une pension à la hauteur des responsabilités exercées. C’est rétablir la cohérence entre le travail accompli et la retraite qui en résulte.
À suivre
Dans le prochain épisode, nous examinerons le lien entre l’indemnitaire et l’évaluation — et ce qu’il implique pour les corps d’inspection.