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Épisode 2 – Le RIFSEEP : comment ça fonctionne vraiment
Dans le prolongement de notre premier épisode, il est nécessaire de revenir précisément sur le fonctionnement du RIFSEEP.
Souvent présenté comme un dispositif technique de gestion des rémunérations, il constitue en réalité un levier central de transformation de la fonction publique.
Une architecture simple en apparence
Le RIFSEEP repose sur deux composantes principales :
- l’IFSE (Indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise) : versée mensuellement, elle constitue la part principale de la rémunération indemnitaire ;
- le CIA (Complément indemnitaire annuel) : versé une à deux fois par an, il est explicitement lié à l’appréciation de la manière de servir.
Ce dispositif a remplacé les anciens régimes indemnitaires, avec un objectif annoncé : “mieux prendre en compte les fonctions exercées et l’engagement professionnel”.
Une logique de classement et de modulation
Le RIFSEEP repose sur une logique de classement des personnels et de modulation individuelle, une logique de concurrence entre les personnels pour leur rémunération !
Chaque fonction est rattachée à un groupe, censé refléter :
- le niveau de responsabilité ;
- la technicité ;
- les sujétions particulières.
À partir de ce classement, l’IFSE peut varier d’un poste à l’autre et d’un agent à l’autre.
Le CIA, quant à lui, introduit explicitement une dimension variable liée à l’évaluation. de “l’engagement”.
Une transformation de la logique statutaire
Historiquement, la fonction publique repose sur une logique statutaire :
- le traitement indiciaire est garanti ;
- il est lié au grade ;
- il structure la carrière et la retraite.
Le RIFSEEP brise cette logique et introduit la logique de la concurrence :
- la rémunération est indivudualisée et dépend davantage des fonctions occupées et de l’évaluation que du grade ;
- elle est modulable et réversible. Elle peut évoluer rapidement ;
- elle met à mal les pensions de retraites.
Ce glissement n’est pas anodin.
Il s’inscrit dans une évolution plus large des politiques publiques, souvent qualifiée de nouveau management public, qui tend à rapprocher la fonction publique de logiques de gestion issues du secteur privé. Mais le secteur privé et la fonction publique ne répondent pas aux mêmes objectifs, le premier vise le profit quand l’autre a pour objectif l’intérêt général.
Un lien direct avec l’évaluation
Le CIA rend explicite ce lien. Le principe est posé pour l’avenir :
une partie de la rémunération dépend de l’évaluation.
Ce mécanisme produit plusieurs effets :
- il renforce le poids de l’appréciation hiérarchique ;
- il introduit une incertitude sur une partie de la rémunération ;
- il peut, à terme, peser sur les conditions d’exercice des missions.
Un angle souvent sous-estimé : la retraite
Le RIFSEEP a un autre effet, moins visible mais déterminant : les primes ne sont pas prises en compte dans le calcul principal de la pension.
Conséquence :
plus la part indemnitaire augmente, plus la part de la rémunération qui construit la retraite diminue.
Ce que cela signifie pour les personnels d’inspection
Le RIFSEEP ne se limite pas à une réforme technique. Il participe d’une transformation plus large :
- individualisation des carrières ;
- montée de la logique d’évaluation ;
- fragilisation des garanties statutaires ;
- baisse des pensions de retraite.
Ces évolutions ne relèvent pas d’ajustements marginaux. Elles traduisent un changement de modèle.
Notre position
Nous ne défendons pas un aménagement du RIFSEEP. La question n’est pas celle de sa transparence ou de ses modalités de gestion. La question est celle de sa logique. Ce n’est pas un effet secondaire. C’est sa finalité. Il s’inscrit pleinement dans une logique de pilotage par la performance, caractéristique du nouveau management public, qui substitue progressivement à la garantie statutaire une logique de différenciation individuelle.
C’est pourquoi nous en demandons l’abandon.
Nous revendiquons :
- le basculement du régime indemnitaire dans l’indiciaire ;
- une rémunération fondée sur le grade et la carrière ;
- des droits à pension pleinement adossés au traitement.
Autrement dit :
réintégrer dans le statut ce qui en a été progressivement extrait.
À suivre
Dans le prochain épisode, nous montrerons concrètement ce que produit cette évolution.
Car derrière ces mécanismes, souvent présentés comme techniques, se cache une réalité beaucoup plus directe : plusieurs centaines d’euros de pension en moins chaque mois.