Le recrutement des personnels d’inspection, qu’il s’agisse des IEN du 1er degré, des IEN du 2nd degré ou des IA-IPR, connaît une tension persistante. Chaque année, des postes demeurent vacants, avec des effets directs sur les conditions de travail des collègues en poste et, au-delà, sur le sens même des missions d’inspection.
Des vacances de postes qui fragilisent l’École publique
Le bilan de mobilité 2024 fait apparaître des dizaines de postes d’IEN 1D, d’IEN 2D et d’IA-IPR non pourvus à la rentrée.
Ces vacances ont un effet mécanique :
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élargissement des portefeuilles d’établissements ou d’écoles,
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allongement des délais de suivi des équipes et des filières,
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manque de transparence dans les affectations de faisant-fonction ou chargés d’inspection,
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augmentation des tâches administratives, au détriment du cœur pédagogique du métier.
Le résultat est connu : surcharge, fatigue, et sentiment de ne pas pouvoir exercer pleinement ses missions.
Des corps de plus en plus délaissés
L’attractivité des fonctions d’inspection est en recul. Plusieurs facteurs se conjuguent :
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une charge de travail croissante liée à l’empilement des réformes (évaluations standardisées, Pacte, réforme du lycée professionnel, pilotage des remplacements, etc.),
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une logique budgétaire qui limite les moyens de fonctionnement (réduction des déplacements, “mutualisation”, “rationalisation”, réduction des moyens dédiés à l’immobilier des services déconcentrés, suppression de postes de secrétariats, etc.),
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une rémunération très inégalitaire : une part importante en indemnitaire, non soumise à cotisation sociale, donc sans effet sur la pension et désormais soumise au soi-disant “mérite” avec le RIFSEEP, accentuant le sentiment de déclassement.
Dans ces conditions, beaucoup d’enseignants expérimentés hésitent à franchir le pas, et un certain nombre de collègues quittent rapidement la fonction.
Une formation idéologique contrainte
L’IH2EF forme chaque année plus de 1 000 nouveaux cadres, dont les IEN et IA-IPR. Mais la formation, souvent réduite à des modules courts et distants, est davantage tournée vers la mise en œuvre des réformes et la gestion managériale. Le “nouveau management public” efface dorénavant l’analyse de pratiques pédagogiques ou le pilotage de filières.
Pour les nouveaux arrivants, la réalité du métier – surcharge, vacance de postes, injonctions multiples – contraste violemment avec la promesse initiale d’un rôle centré sur l’accompagnement pédagogique.
Le sens des missions en question
Historiquement, les inspecteurs sont garants de la qualité pédagogique et de l’égalité républicaine. Aujourd’hui, leur quotidien est de plus en plus absorbé par la gestion d’indicateurs, l’organisation d’évaluations, la mise en œuvre d’expérimentations décidées d’en haut.
Privés du temps nécessaire pour observer, accompagner et construire avec les équipes, les inspecteurs voient le sens même de leur mission fragilisé.
Les revendications du SNCI-FO
Le SNCI-FO alerte : sans inflexion, le système va droit dans le mur. Pour redonner attractivité et dignité aux fonctions d’inspection, nous revendiquons :
Un plan de recrutement ambitieux pour pourvoir tous les postes vacants et anticiper les départs à la retraite.
Une revalorisation salariale intégrée dans le traitement indiciaire et l’abandon du RIFSEEP, garantissant un effet sur les pensions, et non une dépendance accrue aux primes indemnitaires.
Un renforcement de la formation initiale et continue : des stages longs, en présentiel, centrés sur l’accompagnement pédagogique, la conduite de filières et l’analyse de pratiques.
Un fléchage budgétaire spécifique pour protéger les missions pédagogiques de terrain (visites en classe, suivi de filières professionnelles et technologiques).
Une clarification des missions : recentrer les personnels d’inspection sur leur rôle pédagogique, en créant des fonctions support pour les tâches logistiques et administratives.