QUAND LES MODALITÉS DE GOUVERNANCE DEVIENNENT ELLES-MÊMES UN FACTEUR D’INTENSIFICATION DU TRAVAIL

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Après notre inter­pel­la­tion du direc­teur aca­dé­mique de la Moselle sur les moda­li­tés d’or­ga­ni­sa­tion de la cam­pagne d’é­va­lua­tion des per­son­nels d’ins­pec­tion — cam­pagne depuis lors ajus­tée à la suite de notre échange —, et nos alertes sur des situa­tions com­pa­rables dans d’autres dépar­te­ments, de nou­veaux signa­le­ments nous conduisent aujourd’­hui à sai­sir un direc­teur aca­dé­mique d’Indre-et-Loire sur les moda­li­tés de gou­ver­nance mises en œuvre dans son dépar­te­ment. Ces situa­tions conver­gentes, qui touchent des ter­ri­toires dif­fé­rents et des pro­blé­ma­tiques dis­tinctes, ne peuvent plus être ana­ly­sées comme des cas iso­lés : elles révèlent une évo­lu­tion struc­tu­relle des modes de pilo­tage des corps d’ins­pec­tion au niveau local.

Des situations qui, mises bout à bout, interrogent

Les remon­tées qui nous sont adres­sées ne relèvent pas d’un évé­ne­ment excep­tion­nel.

Elles décrivent une suc­ces­sion de déci­sions qui, cha­cune prise iso­lé­ment, pour­rait sem­bler ano­dine, mais dont l’ac­cu­mu­la­tion contri­bue à alour­dir signi­fi­ca­ti­ve­ment le quo­ti­dien des per­son­nels d’ins­pec­tion.

Par­mi les situa­tions évo­quées figurent notam­ment :

  • des com­mandes adres­sées dans des délais extrê­me­ment contraints, ne lais­sant que peu de temps pour pré­pa­rer des inter­ven­tions asso­ciant plu­sieurs par­te­naires ins­ti­tu­tion­nels ;
  • la demande de trans­mis­sion d’un rap­port d’ac­ti­vi­té en pleine période de clô­ture de l’an­née sco­laire, de pré­pa­ra­tion de la ren­trée et de ges­tion de l’é­pi­sode cani­cu­laire en vue d’en­tre­tiens déva­lua­tion cou­rant sur le mois de juillet ;
  • une charge admi­nis­tra­tive crois­sante liée à la ges­tion des frais de dépla­ce­ment, avec des exi­gences de jus­ti­fi­ca­tion tou­jours plus impor­tantes, tan­dis que cer­tains frais demeurent à la charge des col­lègues ;
  • des avances de frais par­ti­cu­liè­re­ment éle­vées impo­sées aux ins­pec­trices et ins­pec­teurs par­ti­ci­pant aux jurys du concours de recru­te­ment des pro­fes­seurs des écoles, dépas­sant par­fois un mil­lier d’eu­ros ;
  • des choix d’or­ga­ni­sa­tion qui ne prennent pas tou­jours suf­fi­sam­ment en compte les contraintes concrètes d’exer­cice des mis­sions.

Aucun de ces exemples ne consti­tue, à lui seul, une dif­fi­cul­té majeure.

Ensemble, ils des­sinent cepen­dant une évo­lu­tion pré­oc­cu­pante de l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail.

Une gouvernance qui privilégie l’urgence

Le SNCI-FO ne mécon­naît pas les nom­breuses contraintes aux­quelles sont confron­tés les ser­vices aca­dé­miques et dépar­te­men­taux.

Nous savons que les direc­tions aca­dé­miques doivent com­po­ser avec des calen­driers minis­té­riels, des impré­vus et des exi­gences par­fois contra­dic­toires.

Pour autant, ces contraintes ne sau­raient conduire à bana­li­ser des modes de fonc­tion­ne­ment fon­dés sur l’ur­gence per­ma­nente, la réduc­tion des délais de pré­pa­ra­tion ou l’a­lour­dis­se­ment conti­nu des tâches admi­nis­tra­tives.

Les ins­pec­trices et ins­pec­teurs sont des cadres supé­rieurs de la fonc­tion publique. Leur exper­tise, leur auto­no­mie pro­fes­sion­nelle et leur capa­ci­té d’a­na­lyse sup­posent que les condi­tions d’exer­cice de leurs mis­sions per­mettent l’an­ti­ci­pa­tion, la pré­pa­ra­tion et la qua­li­té du tra­vail.

Une contradiction avec les travaux sur la santé au travail

Cette situa­tion inter­pelle d’au­tant plus que le minis­tère conduit actuel­le­ment des tra­vaux consa­crés à la san­té au tra­vail des per­son­nels d’ins­pec­tion.

Ces tra­vaux reposent sur un constat lar­ge­ment par­ta­gé : les mis­sions se sont inten­si­fiées, les sol­li­ci­ta­tions se sont mul­ti­pliées et les risques psy­cho­so­ciaux appellent désor­mais une atten­tion par­ti­cu­lière.

Dans ce contexte, chaque déci­sion locale d’or­ga­ni­sa­tion devrait être appré­ciée au regard d’une ques­tion simple : contri­bue-t-elle à rendre le tra­vail plus sou­te­nable ou, au contraire, par­ti­cipe-t-elle à son inten­si­fi­ca­tion ?

C’est cette cohé­rence que le SNCI-FO appelle de ses vœux.

Une autre conception de la gouvernance

Le SNCI-FO est convain­cu qu’il est pos­sible de conci­lier les exi­gences du ser­vice public avec une orga­ni­sa­tion du tra­vail plus res­pec­tueuse des per­son­nels.

Cela sup­pose notam­ment :

  • une meilleure anti­ci­pa­tion des échéances ;
  • des délais com­pa­tibles avec un tra­vail de qua­li­té ;
  • une limi­ta­tion des tâches admi­nis­tra­tives à faible valeur ajou­tée ;
  • une prise en compte effec­tive des contraintes d’exer­cice des mis­sions des per­son­nels d’ins­pec­tion.

C’est dans cet esprit que notre orga­ni­sa­tion a sai­si le direc­teur aca­dé­mique concer­né.

Notre démarche n’est pas de dénon­cer des situa­tions indi­vi­duelles. Elle vise à ouvrir un dia­logue sur les modes de gou­ver­nance et leurs effets concrets sur les condi­tions de tra­vail des ins­pec­trices et ins­pec­teurs.

C’est dans cet esprit que notre orga­ni­sa­tion a sai­si le minis­tère.

Parce que la qua­li­té du ser­vice public d’é­du­ca­tion dépend aus­si des condi­tions dans les­quelles ses cadres exercent leurs mis­sions.