
Le ministère présente les Pôles d’appui à la scolarité (PAS) comme un levier pour « ancrer l’accessibilité dans les pratiques des enseignants ». Mais les données rapportées par le SNCI-FO et sa fédération, la FNEC FP-FO, interrogent la réalité des réponses apportées aux besoins des élèves.
Des interventions sans garantie de moyens suffisants
Selon les éléments ministériels rapportés dans la revue de la FNEC FP-FO, 1 500 PAS sont actuellement déployés, avec un objectif de 3 000. Chaque pôle doit mobiliser trois équivalents temps plein (ETP) : un enseignant et deux personnels du secteur médico-social.
Lorsque les PAS sont sollicités, les réponses proposées se répartissent ainsi :
- 36 % d’aménagements pédagogiques ;
- 6 % de propositions de matériel adapté ;
- 58 % d’interventions humaines.
Mais, pour près de la moitié des sollicitations, aucun moyen humain ne serait disponible. En outre, les données communiquées ne précisent ni la nature exacte des interventions humaines, ni leur durée, ni leurs effets sur la scolarisation des élèves.
Proposer une intervention ne signifie pas qu’un accompagnement effectif a été assuré.
Des personnels spécialisés déjà en difficulté
Le ministère indique que, dans le premier degré, les interventions humaines mobilisent fréquemment les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED).
Or, ces réseaux manquent eux-mêmes de postes et de personnels spécialisés. Le déploiement des PAS risque ainsi de déplacer les difficultés plutôt que d’apporter des moyens adaptés aux besoins.
L’objectif d’« ancrer l’accessibilité dans les pratiques des enseignants » ne saurait justifier que des pratiques de “coaching” se substituent aux interventions spécialisées nécessaires. L’adaptation des pratiques est utile, mais elle ne remplace ni les personnels qualifiés ni les moyens humains indispensables.
Notre fédération, la FNEC FP-FO, rapporte également une baisse de 6 % des notifications d’accompagnement par des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), annoncée par le ministre Édouard Geffray. Cette évolution doit être expliquée : une diminution des notifications ne démontre pas, à elle seule, une réduction des besoins des élèves ni une amélioration de leur accompagnement.
Les personnels d’inspection ne peuvent pas compenser le manque de moyens
Les personnels d’inspection, notamment les IEN 1D, sont directement concernés par la mise en œuvre des PAS. Leur installation et leur fonctionnement vient significativement alourdir leurs missions dans un contexte déjà très dégradé. Ils ne peuvent être tenus responsables de l’écart entre les objectifs ministériels et les moyens réellement disponibles, les plaçant de fait en situation de gestion de la pénurie.
La multiplication des dispositifs ne garantit pas une meilleure inclusion. Elle peut au contraire accroître les responsabilités des personnels sans leur donner les moyens d’y répondre.
Pour le SNCI-FO, le ministère doit préciser les moyens effectivement mobilisés, les délais d’intervention et les conséquences du déploiement des PAS sur les RASED et les notifications des MDPH.
L’inclusion scolaire exige des personnels qualifiés et des moyens à la hauteur des besoins. Elle ne peut reposer sur le transfert de responsabilités vers les enseignants et les personnels d’inspection. L’École publique ne peut pas faire toujours plus avec toujours moins.