
En octobre 2024, lors de l’examen du nouvel arrêté relatif à l’évaluation des personnels d’inspection, le SNCI-FO avait été la seule organisation syndicale à alerter sur les conséquences concrètes du dispositif proposé par le ministère.
Alors que certaines organisations syndicales participaient à la rédaction du texte ou refusaient d’en contester les principes fondamentaux, le SNCI-FO dénonçait une accélération des procédures d’évaluation, le renforcement du pilotage par objectifs, la disparition du regard de l’Inspection générale et la mise en relation directe des personnels d’inspection avec leur supérieur hiérarchique dans le processus d’évaluation.
Moins de deux ans après l’entrée en vigueur du texte, les premières difficultés apparaissent déjà sur le terrain.
Des objectifs fixés hier, une évaluation aujourd’hui
En Moselle, plusieurs inspectrices et inspecteurs viennent d’être informés de leur convocation à un entretien professionnel dans le cadre de la campagne d’évaluation des personnels d’inspection.
Or nombre d’entre eux ont reçu leur lettre de mission entre novembre 2025 et janvier 2026.
Le nouvel arrêté prévoit pourtant que l’évaluation s’appuie sur cette lettre de mission pluriannuelle et porte notamment sur le degré de réalisation des objectifs qui y figurent.
Une question simple se pose alors : comment apprécier sérieusement la réalisation d’objectifs fixés quelques mois auparavant ?
Le SNCI-FO avait précisément alerté sur le risque de voir se multiplier des procédures d’évaluation déconnectées des réalités du travail et des temporalités nécessaires à l’exercice des missions d’inspection.
De l’évaluation périodique au suivi permanent
Le nouvel arrêté instaure désormais :
- une lettre de mission pluriannuelle ;
- une évaluation tous les trois ans ;
- un point d’étape annuel ;
- des conséquences sur le complément indemnitaire annuel (CIA) ;
- une prise en compte dans les opérations d’avancement.
Le SNCI-FO avait dénoncé cette évolution.
Nous refusons que les personnels d’inspection soient enfermés dans une logique de contrôle permanent, de reporting continu et d’évaluation récurrente inspirée des méthodes du nouveau management public.
L’amélioration de l’École publique ne passe pas par la multiplication des procédures d’évaluation mais par le rétablissement des moyens nécessaires à l’exercice des missions.
Santé au travail : les discours doivent être suivis d’effets
Cette situation intervient alors même que le ministère conduit actuellement des travaux consacrés à la santé au travail des personnels d’inspection.
Depuis plusieurs années, les collègues alertent sur :
- l’intensification des missions ;
- la multiplication des prescriptions ;
- l’accroissement des sollicitations hiérarchiques ;
- la dégradation de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Comment prétendre agir sur ces difficultés tout en déployant simultanément de nouveaux outils de suivi, d’évaluation et de contrôle ?
Cette contradiction était au cœur des alertes formulées par le SNCI-FO lors de l’examen de l’arrêté.
Le SNCI-FO avait raison d’alerter
Le SNCI-FO ne découvre pas aujourd’hui les difficultés du dispositif.
Nous les avions identifiées dès les discussions ministérielles de 2024.
Nous avions prévenu que la combinaison entre lettre de mission, objectifs individualisés, évaluation renforcée et rémunération variable créerait inévitablement des tensions dans les académies et les départements.
Nous continuons à revendiquer :
- l’abrogation du RIFSEEP ;
- la fin de la rémunération dite « au mérite » ;
- une évaluation respectueuse des missions et de l’autonomie professionnelle des personnels d’inspection ;
- des mesures concrètes pour améliorer leurs conditions de travail.
Les premiers retours du terrain confirment malheureusement que nos alertes étaient fondées.