Le 23 mai 2025, à l’initiative du SNCI-FO, s’est tenue une conférence sur la laïcité animée par Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. Face aux inspecteurs de l’Éducation nationale, il a livré une analyse rigoureuse et engagée d’un principe souvent invoqué, mais trop fréquemment mal compris, dévoyé ou affaibli.
La laïcité : un principe de droit, non une opinion
Dès l’ouverture de son intervention, Nicolas Cadène a tenu à rappeler une évidence juridique trop souvent occultée dans les débats publics : la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres, ni un simple marqueur culturel, mais un principe structurant du droit républicain. Elle garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, sans hiérarchiser les convictions.
Contrairement à la “tolérance”, qui implique une position dominante acceptant ce qui lui est extérieur, la laïcité place tous les citoyens sur un pied d’égalité. Elle impose à l’État et à ses agents une neutralité stricte vis-à-vis de toutes les convictions – une exigence qui concerne en premier lieu les personnels de l’Éducation nationale.
Des textes fondateurs à la réalité contemporaine
L’histoire législative de la laïcité française a été clairement retracée : de la Déclaration des droits de l’homme (1789) aux lois Ferry (1882–1886), jusqu’à la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. Ces fondements ont été progressivement précisés par la jurisprudence du Conseil d’État et des lois ultérieures, comme celles de 2004 (sur les signes religieux à l’école) et de 2021 (dite « loi contre le séparatisme »).
Cependant, Nicolas Cadène a également mis en lumière les atteintes portées à la laïcité dans le domaine de l’éducation, notamment par la loi Debré (1959) et la loi Carle (2009), qui ont encadré – et dans les faits favorisé – le financement public des établissements privés confessionnels.
Des dérives dans l’enseignement privé sous contrat
Une large part de la conférence a été consacrée aux problèmes posés par certains établissements privés sous contrat, qui contreviennent aux principes de neutralité, de non-discrimination et de liberté de conscience que leur impose pourtant le contrat d’association avec l’État. Parmi les dérives signalées :
- Pratiques religieuses imposées aux élèves (prières collectives non présentées comme facultatives) ;
- Sélection à l’inscription fondée sur des critères confessionnels déguisés ;
- Manque de mixité sociale, renforçant les inégalités ;
- Enseignement religieux non facultatif, en contradiction avec les exigences légales.
Nicolas Cadène a dénoncé l’insuffisance – voire l’absence – de contrôle effectif exercé sur ces établissements. Il a appelé les IEN à se saisir pleinement de leur rôle, notamment en mobilisant les postes nouvellement affectés au secteur privé pour exiger le respect scrupuleux des obligations contractuelles.
Rétablir une laïcité de l’apaisement et de la rigueur
Au fil de son propos, Nicolas Cadène a mis en garde contre les instrumentalisations de la laïcité, parfois utilisée comme outil de stigmatisation, en particulier vis-à-vis de certaines populations. Il a rappelé que la loi de 1905 avait été conçue comme un outil de pacification républicaine, garantissant à chacun la liberté de conscience tout en assurant la neutralité de l’État.
Dans cette perspective, il a encouragé les inspecteurs à :
- Se former et former leurs collègues sur le droit de la laïcité ;
- Faire respecter la distinction entre enseignement des faits religieux (objectif, pluraliste) et catéchèse (confessionnelle) ;
- Refuser de servir de caution à des politiques éducatives qui porteraient atteinte à l’égalité ou affaibliraient le service public.
Une intervention saluée pour sa clarté et son exigence
Cette conférence a offert aux participants des repères juridiques solides et une analyse claire des enjeux contemporains de la laïcité, dans un contexte marqué par les tensions identitaires, les tentatives de déstabilisation de l’école publique et la progression de logiques communautaires.
Le SNCI-FO partage l’appel de Nicolas Cadène à faire vivre une laïcité exigeante, pacificatrice et cohérente, garante de l’égalité des élèves et du respect de l’intérêt général.