FORMATION DES PERSONNELS D’INSPECTION À L’IH2EH : QUAND LES CHOIX BUDGÉTAIRES ET MANGÉRIAUX ENTRAVENT LE SERVICE PUBLIC

F

Le ras­sem­ble­ment annuel des ins­pec­trices et ins­pec­teurs de l’É­du­ca­tion natio­nale du pre­mier degré (P350), orga­ni­sé par l’IH2EF en cette fin d’an­née 2026, inter­vient dans un contexte par­ti­cu­liè­re­ment pré­oc­cu­pant.

Depuis plu­sieurs années, les per­son­nels d’ins­pec­tion constatent une évo­lu­tion pro­fonde de leur for­ma­tion ini­tiale et conti­nue. Paral­lè­le­ment, les contraintes bud­gé­taires s’ac­cu­mulent, au point de remettre désor­mais en cause la pos­si­bi­li­té même pour tous les col­lègues de par­ti­ci­per à ces temps natio­naux de for­ma­tion.

Pour le SNCI-FO, ces deux évo­lu­tions pro­cèdent d’une même logique : celle du nou­veau mana­ge­ment public appli­qué à l’É­cole.

Une formation de plus en plus orientée vers le management

Le SNCI-FO dénonce depuis plu­sieurs années la conven­tion conclue entre l’IH2EF et les Ins­ti­tuts d’ad­mi­nis­tra­tion des entre­prises (IAE), qui oriente pro­gres­si­ve­ment la for­ma­tion des per­son­nels d’en­ca­dre­ment vers des réfé­rences issues du mana­ge­ment pri­vé.

Cette évo­lu­tion n’est pas neutre.

La mis­sion des per­son­nels d’ins­pec­tion ne consiste pas à pilo­ter des orga­ni­sa­tions selon des indi­ca­teurs de per­for­mance ins­pi­rés du sec­teur mar­chand. Elle est d’a­bord d’as­su­rer le fonc­tion­ne­ment de l’É­cole publique, d’ac­com­pa­gner les équipes, de garan­tir l’ap­pli­ca­tion des poli­tiques édu­ca­tives natio­nales, de défendre les prin­cipes de l’É­cole de la Répu­blique et d’exer­cer une exper­tise péda­go­gique au ser­vice de la réus­site de tous les élèves.

Les ins­pec­trices et ins­pec­teurs sont aujourd’­hui confron­tés à des ques­tions majeures : crise d’at­trac­ti­vi­té des métiers, dif­fi­cul­tés de rem­pla­ce­ment, inclu­sion sco­laire insuf­fi­sam­ment finan­cée, dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail, mul­ti­pli­ca­tion des réformes, ten­sions avec les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, évo­lu­tion du sta­tut de la fonc­tion publique, ave­nir de l’É­cole publique.

Ce sont ces sujets qui devraient consti­tuer le cœur de leur for­ma­tion.

Des budgets continuellement amputés

À cette orien­ta­tion contes­table s’a­joute désor­mais une réa­li­té bud­gé­taire de plus en plus dif­fi­cile.

Le bud­get de l’É­du­ca­tion natio­nale, déjà adop­té dans des condi­tions contes­tées par le recours à l’ar­ticle 49.3 en décembre 2025, fait une nou­velle fois l’ob­jet de réduc­tions en cours d’exé­cu­tion.

Cette pra­tique devient mal­heu­reu­se­ment récur­rente. Pour la troi­sième année consé­cu­tive, les aca­dé­mies voient leurs cré­dits dimi­nuer après le vote du bud­get.

Les consé­quences sont immé­diates : reports d’ac­tions de for­ma­tion, res­tric­tions sur les dépla­ce­ments, arbi­trages per­ma­nents sur les dépenses de fonc­tion­ne­ment, ten­sions accrues dans les ser­vices.

Dans le même temps, d’autres choix bud­gé­taires sont assu­més par le gou­ver­ne­ment.

Alors que les moyens consa­crés aux ser­vices publics sont com­pri­més, les dépenses mili­taires conti­nuent de pro­gres­ser.

Le SNCI-FO, avec sa fédé­ra­tion, la FNEC FP-FO, refuse cette logique. Nous dénon­çons des bud­gets de guerre qui se tra­duisent par un affai­blis­se­ment conti­nu des ser­vices publics, au pre­mier rang des­quels l’É­cole publique.

For­mer les per­son­nels de l’É­du­ca­tion natio­nale, finan­cer les dépla­ce­ments néces­saires à l’exer­cice de leurs mis­sions, garan­tir les moyens du ser­vice public ne devrait jamais consti­tuer une variable d’a­jus­te­ment.

Pourquoi organiser le P350 en fin d’exercice budgétaire ?

Le calen­drier rete­nu cette année inter­roge.

Le ras­sem­ble­ment P350 est orga­ni­sé à un moment où les bud­gets aca­dé­miques sont déjà lar­ge­ment consom­més, alors même que les ser­vices connaissent de fortes ten­sions finan­cières.

Cette ses­sion se déroule en outre sur les mois de novembre et décembre 2026, en pleine cam­pagne des élec­tions pro­fes­sion­nelles. Cha­cun appré­cie­ra l’op­por­tu­ni­té d’un tel calen­drier. Pour le SNCI-FO, cette période devrait avant tout per­mettre aux per­son­nels de débattre libre­ment des orien­ta­tions por­tées par les orga­ni­sa­tions syn­di­cales qui les repré­sen­te­ront pour les quatre années à venir.

Qui peut sérieu­se­ment croire que toutes les aca­dé­mies dis­po­se­ront encore des cré­dits néces­saires pour finan­cer les dépla­ce­ments de l’en­semble des ins­pec­trices et ins­pec­teurs concer­nés ?

La réponse est mal­heu­reu­se­ment déjà connue. De nom­breux col­lègues ne pour­ront pas par­ti­ci­per faute de cré­dits dis­po­nibles. Toutes les aca­dé­mies seront confron­tées à cette dif­fi­cul­té.

Les aca­dé­mies ultra­ma­rines le seront plus encore. Pour elles, le coût des trans­ports repré­sente plu­sieurs mil­liers d’eu­ros par par­ti­ci­pant. Dans un contexte bud­gé­taire aus­si contraint, cha­cun sait que les arbi­trages se feront au détri­ment de la par­ti­ci­pa­tion des col­lègues.

Peut-on encore par­ler de for­ma­tion natio­nale lorsque l’ac­cès dépend de la situa­tion bud­gé­taire de chaque aca­dé­mie ?

Une inégalité inacceptable entre les personnels

Cette situa­tion crée une rup­ture d’é­ga­li­té mani­feste.

L’ac­cès à une for­ma­tion natio­nale ne devrait jamais dépendre du niveau de consom­ma­tion bud­gé­taire d’une aca­dé­mie ou de son éloi­gne­ment géo­gra­phique. Les ins­pec­trices et ins­pec­teurs exercent les mêmes mis­sions sur l’en­semble du ter­ri­toire de la Répu­blique. Ils doivent béné­fi­cier des mêmes droits à la for­ma­tion.

Les col­lègues des aca­dé­mies ultra­ma­rines ne peuvent être les vic­times per­ma­nentes de déci­sions d’or­ga­ni­sa­tion qui ignorent les réa­li­tés finan­cières des dépla­ce­ments.

Le SNCI-FO demande un changement de cap

Le SNCI-FO demande :

  • une réorien­ta­tion de la for­ma­tion des per­son­nels d’ins­pec­tion vers les enjeux pro­fes­sion­nels, péda­go­giques et ins­ti­tu­tion­nels qui fondent leurs mis­sions, et non vers les doc­trines du nou­veau mana­ge­ment public ;
  • une remise en cause des par­te­na­riats qui importent dans la for­ma­tion des cadres de l’É­du­ca­tion natio­nale des modèles issus du mana­ge­ment pri­vé ;
  • une pro­gram­ma­tion des for­ma­tions natio­nales com­pa­tible avec les réa­li­tés bud­gé­taires des aca­dé­mies ;
  • la garan­tie que chaque ins­pec­trice et chaque ins­pec­teur puisse par­ti­ci­per aux for­ma­tions natio­nales, quel que soit son ter­ri­toire d’exer­cice ;
  • des bud­gets per­met­tant effec­ti­ve­ment le fonc­tion­ne­ment du ser­vice public d’é­du­ca­tion.

For­mer les per­son­nels d’ins­pec­tion n’est pas une dépense acces­soire. C’est une condi­tion essen­tielle du fonc­tion­ne­ment de l’É­cole publique.

Encore faut-il que les choix poli­tiques donnent à cette ambi­tion les moyens de se concré­ti­ser, plu­tôt que de faire peser sur les aca­dé­mies et sur les per­son­nels les consé­quences de res­tric­tions bud­gé­taires deve­nues per­ma­nentes.