ÉCOLE INCLUSIVE : TRAITER LES CAUSES, PAS SEULEMENT GÉRER LES CRISES

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Le 7 juillet 2026, un groupe de tra­vail de la for­ma­tion spé­cia­li­sée minis­té­rielle s’est réuni sur les « condi­tions de tra­vail des per­son­nels ayant en charge des élèves per­tur­ba­teurs et des per­son­nels ayant en charge des élèves à besoins édu­ca­tifs par­ti­cu­liers ». Ce que révèle le compte ren­du de cette séance éclaire, mieux qu’un long dis­cours, la nature du dif­fé­rend qui oppose aujourd’­hui les orga­ni­sa­tions syn­di­cales sur l’in­clu­sion sco­laire.

Un guide contre une politique

L’ad­mi­nis­tra­tion pro­po­sait un seul point à l’ordre du jour : éla­bo­rer un guide pour aider les per­son­nels à faire face aux situa­tions de crise. La FNEC FP-FO — dont le SNCI-FO est com­po­sante pour les corps d’ins­pec­tion — a refu­sé ce cadrage : on ne répond pas à une poli­tique publique défaillante par un mode d’emploi indi­vi­duel des­ti­né à ceux qui en subissent les consé­quences. La FSU a défen­du la rédac­tion du guide, arguant que la for­ma­tion spé­cia­li­sée ne serait pas le lieu pour dis­cu­ter des réformes. L’ar­gu­ment est inexact : la pré­si­dente de séance a elle-même recon­nu que l’exa­men des effets des réformes sur la san­té des per­son­nels relève bien des pré­ro­ga­tives de cette ins­tance. Sim­ple­ment, le minis­tère n’a pas man­dat de l’ou­vrir, faute pour les orga­ni­sa­tions majo­ri­taires de l’a­voir exi­gé.

Ce que disent les faits

Sur un échan­tillon de 53 fiches de signa­le­ment (RSST), le minis­tère docu­mente lui-même :

  • 45 % de vio­lences phy­siques directes sur les per­son­nels (coups, mor­sures, ten­ta­tives d’é­tran­gle­ment) ;
  • 18 cas de vio­lences ver­bales et psy­cho­lo­giques, y com­pris à carac­tère sexuel ;
  • 15 situa­tions de dégra­da­tions maté­rielles et mises en dan­ger ;
  • 3 cas avec pré­sence d’une arme ou d’un objet assi­mi­lable ;
  • 17 crises com­por­te­men­tales intenses et répé­tées, jus­qu’à mobi­li­ser les pom­piers.

Ces chiffres ne décrivent pas des inci­dents iso­lés, mais un fonc­tion­ne­ment dégra­dé et géné­ra­li­sé. Recon­naître ce constat ne dis­pense pas d’en inter­ro­ger les causes.

Trois niveaux de prévention, une seule réponse proposée

Niveau Ce qu’il fait Ce que pro­pose le minis­tère
Pri­maire Agir sur les causes, avant que le risque ne sur­vienne Rien
Secon­daire Limi­ter les effets d’un risque déjà réa­li­sé Le guide pro­po­sé
Ter­tiaire Accom­pa­gner les per­son­nels après le dom­mage Hors sujet du GT

Un guide de ges­tion de crise n’a jamais empê­ché une crise de se pro­duire. Or les causes sont docu­men­tées : une accé­lé­ra­tion de la sco­la­ri­sa­tion en milieu ordi­naire d’é­lèves rele­vant de prises en charge spé­cia­li­sées, sans les moyens humains et maté­riels cor­res­pon­dants — un écart que pointent depuis plu­sieurs années les tra­vaux de socio­lo­gie de l’é­du­ca­tion et du han­di­cap.

Ce que le SNCI-FO défend réellement

Notre posi­tion ne conteste pas le droit de chaque enfant à une sco­la­ri­sa­tion adap­tée. Elle conteste une mise en œuvre qui, sous cou­vert d’in­clu­sion, se tra­duit par :

Des éco­no­mies bud­gé­taires réa­li­sées au nom de l’in­clu­sion. Le coût d’une sco­la­ri­sa­tion en éta­blis­se­ment social ou médi­co-social (IME, ITEP, IEM) est entre trois et dix fois plus éle­vé que celui d’une sco­la­ri­sa­tion en classe ordi­naire — y com­pris lors­qu’elle requiert un ensei­gne­ment spé­cia­li­sé et un pla­teau de soins que la péda­go­gie seule ne rem­place pas. Ce dif­fé­ren­tiel fait du milieu ordi­naire une variable d’a­jus­te­ment bud­gé­taire com­mode : l’in­clu­sion cesse d’être un choix édu­ca­tif pour deve­nir un levier d’é­co­no­mie d’é­chelle.

Des droits noti­fiés et non res­pec­tés. Sur envi­ron 30 000 élèves dis­po­sant d’une noti­fi­ca­tion MDPH pour un éta­blis­se­ment spé­cia­li­sé, 2 000 ne sont pas sco­la­ri­sés du tout et 28 000 res­tent en milieu ordi­naire, faute de places : un droit recon­nu sur le papier, vidé de sa por­tée faute de moyens.

Une ges­tion par la pénu­rie dégui­sée en doc­trine. Les Pôles d’ap­pui à la sco­la­ri­té, pré­sen­tés comme la nou­velle doc­trine minis­té­rielle, mobi­lisent 1 500 postes pour une prise en charge directe d’é­lèves proche de zéro — le Par­le­ment les a jugés suf­fi­sam­ment peu convain­cants pour les reti­rer de la loi sur le par­cours inclu­sif. Côté AESH, la réforme sta­tu­taire annon­cée main­tien­drait 80 % des accom­pa­gnants dans la pré­ca­ri­té, contre un habillage d’« acces­si­bi­li­té » pour les 20 % res­tants.

Qui défend vraiment l’inclusion ?

Une orga­ni­sa­tion qui accom­pagne, sans les inter­ro­ger, des réformes dont elle docu­mente elle-même les effets délé­tères sert-elle mieux la cause de l’in­clu­sion qu’une orga­ni­sa­tion qui exige le res­pect des droits noti­fiés et des moyens à la hau­teur des ambi­tions affi­chées ? Le SNCI-FO, dans la tra­di­tion de défense du ser­vice public de la FNEC FP-FO et de la Confé­dé­ra­tion FO, agit en faveur d’une inclu­sion réel­le­ment dotée des moyens qui la rendent pos­sible — pour les élèves, leurs familles, et les per­son­nels qui les accueillent.


Pro­chains ren­dez-vous : un nou­veau GT le 12 octobre 2026, puis une for­ma­tion spé­cia­li­sée minis­té­rielle le 5 novembre — jour où FO appelle à la grève et à une mon­tée natio­nale à Paris. Le SNCI-FO y por­te­ra, avec la FNEC FP-FO, les reven­di­ca­tions de son livre blanc sur l’in­clu­sion, à paraître fin sep­tembre.

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