
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a publié sa circulaire de rentrée pour l’année scolaire 2026–2027. Adressée à « tous les personnels de l’Éducation nationale », elle se présente comme un texte de consolidation : « la rentrée 2026 ne sera pas celle de nouvelles réformes structurelles ». Ses priorités s’organisent autour d’une formule volontairement sobre : « instruire et protéger ».
Le SNCI-FO en propose ici une lecture syndicale, attentive à ce que le texte affirme, mais aussi à ce qu’il ne dit pas.
Une rhétorique de la consolidation : pause nécessaire ou normalisation silencieuse ?
Le terme de “consolidation” peut recouvrir deux réalités très différentes.
Il peut désigner le temps de respiration que les équipes attendent légitimement après plusieurs années de réformes successives : réforme de la formation initiale, groupes de besoins, pôles d’appui à la scolarité, multiplication des dispositifs et des priorités institutionnelles.
Mais il peut aussi signifier autre chose : l’installation durable de réformes contestées, désormais présentées comme allant de soi, sans véritable bilan ni évaluation.
La distinction est importante. Or la circulaire ne tranche pas réellement. Elle ne propose ni retour d’expérience global, ni évaluation systémique des réformes engagées ces dernières années. Elles sont désormais considérées comme acquises.
Le SNCI-FO le rappelle : consolider sans évaluer, c’est risquer de figer des dispositifs dont l’efficacité réelle reste encore discutée sur le terrain.
Ce que le SNCI-FO reconnaît dans ce texte
L’analyse syndicale ne peut pas se limiter à la contestation systématique. Plusieurs orientations de cette circulaire méritent d’être relevées.
Le recentrage sur le langage s’appuie sur des bases scientifiques sérieuses. Les travaux sur l’acquisition du langage et les sciences cognitives montrent clairement le rôle déterminant du vocabulaire dans les inégalités scolaires. Le ministre s’appuie ici sur une réalité documentée.
De même, la limitation des « textes à trous » au profit du geste d’écriture et de la mémorisation s’inscrit dans des travaux solides sur les apprentissages fondamentaux. Cette volonté de fonder certaines prescriptions pédagogiques sur des éléments objectivés tranche avec les injonctions parfois plus idéologiques des années précédentes.
Le SNCI-FO prend également acte positivement :
- de la réaffirmation de la laïcité et de la neutralité du service public ;
- du refus du fatalisme social ;
- de l’attention portée aux inégalités entre filles et garçons dans les filières scientifiques ;
- de la volonté affichée de déclencher sans délai la protection fonctionnelle des personnels lorsqu’elle est nécessaire.
Les formulations qui appellent la vigilance
« La reconnaissance de votre engagement »
Cette formule apparaît dans la partie consacrée à l’accompagnement des personnels, sans que ses modalités concrètes soient précisées.
Or le SNCI-FO rappelle que la “reconnaissance de l’engagement” est souvent le véhicule des logiques du nouveau management public : individualisation des parcours, rémunération au mérite, modulation des avantages selon des critères d’évaluation locaux ou hiérarchiques.
Nous y sommes fermement opposés.
Non par conservatisme, mais parce que ces logiques fragilisent les collectifs de travail, mettent les personnels en concurrence et remplacent progressivement les garanties statutaires par des mécanismes de performance et de contractualisation.
Le statut général de la fonction publique protège l’indépendance des agents. Il ne doit pas être contourné par des formes de management individualisé présentées comme de simples outils de “reconnaissance”.
Les déclinaisons académiques de cette orientation devront donc être examinées avec attention.
Les formations « à l’initiative des équipes locales »
La volonté de rapprocher la formation des réalités professionnelles peut être entendue. Les besoins des équipes ne sont pas identiques selon les contextes.
Mais cette orientation soulève plusieurs questions.
D’abord parce qu’elle intervient dans un contexte déjà fortement prescriptif : plans français et mathématiques, pHARe, collèges en progrès, multiplication des priorités nationales et académiques.
Ensuite parce qu’une territorialisation excessive de la formation ferait peser un risque de fragmentation du cadre national de l’École publique.
Le SNCI-FO est favorable à des formations construites avec les équipes et mobilisant pleinement l’expertise des personnels d’inspection, dès lors qu’elles respectent le cadre national des programmes, des statuts et de la liberté pédagogique.
En revanche, nous nous opposerons fermement à toute extension des logiques d’“autonomie territoriale” inspirées de l’expérimentation marseillaise.
Concernant les corps d’inspection eux-mêmes, le SNCI-FO sera particulièrement attentif au maintien d’une véritable formation nationale, indispensable pour garantir une expertise homogène au service des élèves, des enseignants et de l’École publique.
L’inclusion scolaire : beaucoup d’affichage, peu de moyens identifiés
La question de l’inclusion scolaire apparaît relativement peu développée dans cette circulaire, alors même qu’elle constitue aujourd’hui l’un des principaux points de tension du système éducatif.
Cette discrétion intervient quelques jours après le rejet par l’Assemblée nationale de la généralisation des pôles d’appui à la scolarité (PAS), pourtant présentés comme l’un des outils centraux de la politique ministérielle d’inclusion.
Or la circulaire ne précise ni les moyens humains mobilisés, ni les perspectives concernant les AESH, ni les réponses apportées aux difficultés croissantes rencontrées par les équipes pédagogiques, les personnels médico-sociaux et les corps d’inspection.
Elle ne dit rien non plus de la pénurie persistante dans le secteur du soin et du médico-social, alors même que de nombreux élèves demeurent sans solution adaptée.
Le SNCI-FO rappelle qu’aucune politique d’inclusion ne peut reposer durablement sur l’empilement des dispositifs sans moyens suffisants, sans personnels formés et sans articulation claire avec le secteur du soin.
Les personnels de terrain, les directeurs d’école, les chefs d’établissement et les corps d’inspection ne peuvent être les seuls à absorber les conséquences des carences structurelles de l’État en matière de prise en charge médico-sociale.
La baisse démographique : opportunité ou prétexte budgétaire ?
Le ministre présente la baisse démographique comme une opportunité permettant de « renforcer notre appui aux équipes ».
L’objectif affiché peut sembler positif. Mais l’actualité récente montre que la diminution du nombre d’élèves sert depuis plusieurs années à justifier des suppressions de postes et des réductions budgétaires.
Le SNCI-FO combat actuellement ces orientations budgétaires.
Nous resterons particulièrement vigilants à tout projet qui, sous couvert d’adaptation démographique, conduirait :
- à réduire le vivier des corps d’inspection ;
- à concentrer davantage leurs missions ;
- ou à préparer des fusions de corps que nous combattons catégoriquement.
La logique de “consolidation” ne saurait signifier l’empilement durable de dispositifs successifs sans réinterrogation des charges réelles imposées aux équipes et aux corps d’inspection.
Une circulaire élaborée sans véritable concertation
Le SNCI-FO prend acte, avec d’autres organisations syndicales, de l’absence de concertation préalable autour de cette circulaire.
Un texte qui entend mobiliser l’ensemble des personnels autour de priorités nationales perd nécessairement en légitimité lorsqu’il est élaboré de manière unilatérale.
Cette méthode interroge d’autant plus les corps d’inspection que leur mission consiste précisément à porter les orientations nationales auprès des équipes pédagogiques. Cette mission est fragilisée lorsque les inspecteurs eux-mêmes sont tenus à l’écart des discussions préparatoires.
Le SNCI-FO continuera donc à faire entendre la voix des corps d’inspection dans tous les espaces de dialogue institutionnel : CSA, rencontres ministérielles, travaux parlementaires et échanges académiques.
Conclusion : vigilance, disponibilité, exigence
La circulaire de rentrée 2026–2027 comporte des orientations qui, dans leurs grandes lignes, ne sont pas contradictoires avec les valeurs de l’École publique que défend le SNCI-FO.
Le retour à l’exigence, la défense de la laïcité, le refus du déterminisme social ou encore l’attention portée aux apprentissages fondamentaux constituent des orientations que nous pouvons partager.
Mais plusieurs points appellent une vigilance réelle.
Les références à la « reconnaissance de l’engagement » et aux formations locales peuvent ouvrir la voie à des logiques managériales que nous combattrons si elles se confirment.
La baisse démographique ne doit pas devenir le prétexte à une réduction des moyens d’encadrement ou à une remise en cause des corps d’inspection.
L’inclusion scolaire, enfin, ne peut continuer à être pensée uniquement sous l’angle de l’affichage politique, sans moyens humains, médico-sociaux et budgétaires à la hauteur des besoins réels du terrain.
Enfin, l’absence de concertation fragilise la portée d’un texte pourtant ambitieux dans ses intentions affichées.
Le véritable révélateur de la politique ministérielle ne sera pas cette circulaire elle-même, mais sa traduction concrète :
- dans les plans académiques de formation ;
- et dans les arbitrages budgétaires à venir.
Le SNCI-FO y sera attentif et continuera d’en rendre compte aux personnels d’inspection.