
En avril dernier, le SNCI-FO alertait sur une situation qu’il qualifiait déjà d’insoutenable : la hausse du prix des carburants transformant, pour les personnels d’inspection, l’exercice même de leurs missions en charge financière personnelle. Cinq mois plus tard, le communiqué de la Confédération FO du 10 septembre 2026 confirme, chiffres à l’appui, que cette alerte n’avait rien d’excessif.
Le SP95-E10 dépasse désormais 2,10 euros le litre en moyenne, le gazole se situe autour de 2,26 euros. La Confédération FO le rappelle avec justesse : il ne s’agit pas « d’une statistique de plus », mais d’« une ponction directe sur le pouvoir d’achat ». Elle réaffirme sa revendication d’un blocage du prix des carburants à 1,50 euro le litre et d’une action sur la fiscalité lorsque l’envolée des cours conduit les prix à des niveaux insupportables.
Cette analyse, portée au niveau confédéral pour l’ensemble des salariés, prend pour les personnels d’inspection un relief particulier. Car pour nous, la voiture n’est pas un moyen de se rendre au travail : elle est un outil de travail.
Un barème revalorisé, mais de façon temporaire et tardive
Le barème n’est pas resté totalement inerte depuis avril. Un arrêté du 29 mai 2026, publié au Journal officiel, a mis en place, à compter du 1er juin 2026, une revalorisation temporaire de 3,2 % des indemnités kilométriques, applicable aux trois versants de la fonction publique — État, hospitalière, territoriale —, ce qui concerne donc les personnels d’inspection comme l’ensemble des agents publics amenés à utiliser leur véhicule pour leurs missions. Cette mesure, présentée par le Gouvernement comme une réponse à la hausse du prix des carburants, est estimée à une compensation d’environ 0,20 euro par litre.
Le SNCI-FO prend acte de cette revalorisation, qui confirme la légitimité de l’alerte portée depuis avril. Elle appelle néanmoins trois observations.
Une mesure temporaire, pas une réponse structurelle. L’arrêté fixe une échéance au 31 décembre 2026 — soit le moment même où s’ouvrira, avec les élections professionnelles du 10 décembre, un nouveau cycle de dialogue social. Rien, à ce jour, n’indique ce qu’il adviendra du barème au 1er janvier 2027.
Un calendrier qui interroge. Entre l’alerte du SNCI-FO en avril et l’entrée en vigueur de la revalorisation le 1er juin, deux mois se sont écoulés durant lesquels le reste à charge des personnels itinérants n’a cessé de s’accroître, les prix continuant leur progression sur cette période.
Une revalorisation à mesurer à l’aune de la réalité des prix. Une hausse de 3,2 %, même bienvenue, doit être rapportée à l’évolution constatée à la pompe depuis son entrée en vigueur : le SP95-E10 dépasse aujourd’hui 2,10 euros, le gazole 2,26 euros. Rien ne garantit, à ce stade, que l’écart entre coût réel du déplacement et remboursement — celui que nous dénoncions en avril — soit refermé, ni qu’il le reste dans la durée. Une revalorisation par arrêté ponctuel n’équivaut pas à une indexation automatique sur le prix des carburants : c’est précisément l’absence d’un tel mécanisme qui rend chaque nouvelle flambée susceptible de recréer le déséquilibre, en attendant la prochaine décision administrative.
Le principe reste le même : travailler ne doit pas coûter de l’argent aux agents publics
Le SNCI-FO ne découvre pas cette situation avec le communiqué confédéral du 10 septembre : il l’avait anticipée. Mais cette confirmation nationale donne du poids à une exigence que nous portons pour notre profession en particulier, tant les déplacements y sont consubstantiels à la fonction.
Notre revendication reste inchangée, et plus que jamais d’actualité :
Le remboursement des frais kilométriques dès le premier kilomètre parcouru, à la hauteur des frais réellement engagés.
Le SNCI-FO demande également la pérennisation, au-delà du 31 décembre 2026, d’un mécanisme d’indexation automatique du barème sur l’évolution du prix des carburants — plutôt que le recours à des arrêtés ponctuels, décidés après coup et à échéance fixe.
Ces revendications s’articulent pleinement avec celles portées par notre fédération, la FNEC FP-FO, et par la Confédération FO :
- le blocage du prix des carburants à 1,50 euro le litre,
- la revalorisation des indemnités de déplacement à hauteur des coûts réels.
Un enjeu de service public, pas seulement de portefeuille
Au-delà de la situation individuelle de chaque collègue, c’est le fonctionnement de l’École publique qui est concerné. Un inspecteur qui renonce à un déplacement, ou qui l’assume au prix d’un arbitrage sur son budget personnel, c’est un suivi d’école ou d’établissement qui se dégrade, une inégalité territoriale qui s’accentue, un pilotage pédagogique qui s’affaiblit d’autant.
Le SNCI-FO continuera de porter cette exigence dans toutes les instances où elle a sa place — CSA MEN, échanges avec le ministère — jusqu’à ce que le principe soit enfin respecté : les personnels d’inspection doivent pouvoir exercer leurs missions. Pas les financer.