
Synthèse de la réunion nationale du 28 avril 2026
Le 28 avril 2026, le SNCI-FO organisait une réunion nationale consacrée aux suppressions de postes et aux fermetures de classes dans le premier degré. Face aux contraintes d’agenda qui pèsent sur les IEN, nous avons opté pour une formule souple : des entretiens à la carte, conduits à la demande des collègues, individuellement ou en petits groupes. Ce choix s’est révélé fécond. Il nous a permis de recueillir des témoignages nombreux, précis, ancrés dans des réalités départementales très diverses — et d’autant plus précieux qu’ils reflètent la parole de professionnels qui, par nature de leurs fonctions, s’expriment rarement publiquement.
Ce document en restitue les grandes lignes, les met en perspective avec les positions du SNCI-FO, et en tire des orientations pour notre action syndicale.
Une préoccupation largement partagée
La participation à cette réunion a témoigné d’un niveau d’inquiétude réel et diffus parmi les IEN du 1er degré. La question des fermetures de classes n’est pas perçue comme une donnée conjoncturelle, liée à une évolution démographique neutre. Elle est vécue comme le résultat d’un choix politique et budgétaire assumé — dont les conséquences sont supportées localement par les équipes, les familles, les élus, et les inspecteurs.
Ce sentiment traverse l’ensemble des échanges. Il ne traduit pas une résistance au changement. Il traduit le constat professionnel, formulé par des personnels compétents et engagés, que la baisse démographique en cours est traitée comme un problème à résoudre par la contraction de l’offre scolaire, là où elle devrait être saisie comme une opportunité au service de la qualité éducative de l’École publique.
La baisse des effectifs : une opportunité que le gouvernement s’apprête à gâcher
C’est le nœud de notre analyse, et il importe de le formuler clairement.
La France scolarise moins d’élèves. Ce mouvement est réel, documenté, et appelé à se poursuivre : le ministère lui-même évoque la perspective d’1,7 million d’élèves en moins d’ici 2035. Mais cette donnée n’impose aucune conclusion automatique. Elle ouvre au contraire un espace de choix politique fondamental : que fait-on de cette marge ?
Une ambition éducative digne de ce nom répondrait sans hésitation : on en profite pour faire mieux. Réduire les effectifs par classe. Améliorer les conditions d’accueil des élèves à besoins particuliers. Renforcer l’inclusion scolaire avec les moyens qu’elle exige réellement. Consolider les dispositifs de formation des enseignants. Préserver un réseau scolaire de proximité, notamment dans les territoires ruraux et en éducation prioritaire, où l’école n’est pas seulement un lieu d’instruction mais un pivot de la vie collective.
Ce n’est pas le choix qui est fait. Le gouvernement fait le choix inverse : celui de la comptabilité. Moins d’élèves, moins de postes. La démographie scolaire devient un levier d’économies budgétaires, habillée en « adaptation de l’offre », en « carte scolaire territorialisée », en « schéma d’emploi cohérent ». Le vocabulaire change. La logique, elle, est celle du nouveau management public dans sa version la plus sèche : faire moins avec moins, en appelant cela faire mieux.
Le SNCI-FO refuse cette équation. Nous exigeons que la baisse démographique soit traitée comme ce qu’elle est : une ressource au service d’une École publique de meilleure qualité, et non comme un prétexte à la contraction du service public d’éducation.
Les IEN : des professionnels placés en situation intenable
Les témoignages recueillis lors de notre réunion nationale décrivent une réalité concrète et préoccupante. Des collègues font état de tensions significatives — avec les élus locaux, avec leur hiérarchie — dans le cadre de la mise en œuvre des mesures de carte scolaire. Ces tensions ne sont pas le signe d’un dysfonctionnement local. Elles sont le symptôme d’une politique qui place les IEN dans une position structurellement intenable.
Car la logique à l’œuvre — et l’expérimentation Geffray en est l’expression la plus aboutie — consiste à faire descendre la responsabilité des suppressions de postes vers le terrain, tout en maintenant les arbitrages budgétaires au niveau national.
Éducation prioritaire et ruralité : là où le choix comptable fait le plus de dégâts
Les remontées de terrain sont particulièrement alarmantes pour deux types de territoires : les réseaux d’éducation prioritaire et les zones rurales. C’est là que la logique comptable produit ses effets les plus brutaux — et les plus injustes.
Dans ces contextes, une classe n’est pas un poste de dépense parmi d’autres. C’est souvent le dernier service public de proximité, le seul espace de socialisation structurée pour des enfants dont les familles disposent de peu de ressources alternatives. Fermer une classe dans un réseau REP+, c’est aggraver des conditions de scolarisation déjà dégradées. Fermer une école dans une commune rurale, c’est parfois sceller son déclin démographique.
Les IEN qui exercent dans ces territoires le savent. Ils le vivent. Ils alertent. Et ils constatent que ces alertes ne remontent pas, ou ne sont pas entendues, dans des arbitrages qui se jouent ailleurs, selon des critères qui ignorent la réalité qu’ils décrivent.
L’inclusion scolaire : une contradiction flagrante
La question de l’inclusion scolaire est apparue comme la préoccupation la plus intense des échanges, et elle mérite une attention particulière.
La politique d’inclusion généralisée — scolariser tous les élèves en situation de handicap en milieu ordinaire — est présentée comme une avancée. Elle peut l’être, sous une condition sine qua non : qu’elle s’accompagne des moyens nécessaires. Des enseignants spécialisés. Des AESH en nombre suffisant, avec un statut stable et une formation digne. Des soins médico-sociaux accessibles. Des effectifs de classe permettant une réelle différenciation pédagogique.
Or ce que décrivent les collègues IEN, c’est exactement l’inverse. L’inclusion se généralise sans les ressources. Les classes ordinaires accueillent des élèves à besoins complexes sans que les enseignants aient été formés pour cela. Les AESH sont insuffisants en nombre et précaires dans leur statut. Les soins adaptés font défaut. Et dans ce même mouvement, des postes sont supprimés, des classes fermées, des effectifs augmentés mécaniquement.
La contradiction est flagrante. Elle n’est pas accidentelle. Elle est le produit d’une politique qui affiche des ambitions inclusives sans en assumer les coûts — parce que l’objectif réel n’est pas la qualité de l’inclusion, mais la réduction de la dépense publique.
Le SNCI-FO l’a dit et le répète : on ne peut pas simultanément généraliser l’inclusion et réduire les moyens. C’est une impossibilité pédagogique, ce n’est pas une politique éducative.
Ce que le SNCI-FO fait et continuera de faire
Ces remontées de terrain ne sont pas de simples témoignages. Elles constituent une base argumentaire que nous mobilisons activement dans tous nos espaces d’intervention.
En CSA MEN, nous portons ces réalités dans le dialogue social avec le ministère et exigeons que les décisions de carte scolaire soient précédées d’une véritable analyse d’impact éducatif — et non d’une simple projection comptable.
Dans nos échanges avec le ministre et son cabinet, nous demandons des engagements précis : annulation des 4 000 suppressions de postes du budget 2026, réduction des effectifs par classe, renforcement des dispositifs d’inclusion avec les moyens correspondants, préservation des réseaux scolaires de proximité.
Dans notre travail avec les parlementaires, en lien avec les travaux de la commission sur les violences scolaires, nous montrons le lien entre dégradation des conditions de scolarisation et aggravation des tensions dans les établissements — un lien que les logiques comptables refusent d’intégrer.
Dans l’accompagnement individuel des collègues qui se trouvent dans des situations difficiles, notre permanence reste disponible pour tous les personnels qui en ont besoin.
Nous soutenons par ailleurs la position de la FNEC FP-FO, qui a refusé de participer à l’atelier prospectif organisé par le ministère dans le cadre de l’expérimentation Geffray, et qui appelle les personnels à poursuivre les mobilisations.
Conclusion
La baisse des effectifs scolaires est une réalité. Mais une réalité n’est pas un destin. Elle n’impose pas mécaniquement des fermetures de classes, des suppressions de postes, une contraction du service public d’éducation. Elle ouvre, pour qui en a l’ambition, la possibilité de faire mieux — d’enseigner dans de meilleures conditions, d’accueillir chaque élève avec les ressources qu’il mérite, de consolider une École publique républicaine, gratuite et laïque, digne de ce nom.
Le gouvernement a fait un autre choix. Le SNCI-FO continuera à le dire, à le documenter, et à s’y opposer.