Le 18 avril 2025, la Première ministre annonçait vouloir faire de la santé mentale « une grande cause nationale ». Quelques jours plus tard, le ministère de l’Éducation nationale dévoilait un plan intitulé « Santé scolaire : agir pour les élèves au cœur de l’école ». Ce plan prétend répondre à une urgence : celle de la souffrance psychique grandissante chez les élèves.
Mais derrière les discours lénifiants et les promesses d’écoute se profile une logique bien connue des personnels : celle du nouveau management public, avec ses diagnostics aseptisés, ses plateformes de prévention, ses référents, ses indicateurs de suivi… et son incapacité à agir sur les causes profondes de la souffrance.
Une souffrance systémique, pas individuelle
Comme le rappelle le sociologue Rémy Ponge, la souffrance au travail — et plus largement, la souffrance psychique — n’est pas un phénomène nouveau, ni propre à certaines professions. Ce qui est nouveau, c’est son extension et son invisibilisation, notamment dans l’Éducation nationale.
La montée en flèche des troubles anxieux, des épisodes dépressifs, des burn-out, touche tous les étages du système scolaire : élèves, enseignants, personnels de santé, direction… et aussi personnels d’inspection, souvent oubliés dans les débats publics, mais eux aussi pris dans une spirale d’injonctions paradoxales et de solitude décisionnelle.
Les annonces ministérielles : un placebo managérial
Le plan ministériel promet des recrutements et un renforcement des cellules d’écoute. Mais il ne dit rien des conditions d’exercice sur le terrain, des logiques d’évaluation permanente, des pressions hiérarchiques, ni de l’épuisement professionnel croissant.
La stratégie est claire : gérer les symptômes, pas remettre en cause les causes. C’est exactement ce que dénonce Roland Gori dans son analyse de la crise de la psychiatrie : une médecine vidée de sa dimension humaine, au profit d’une politique de prévention algorithmique et de « tri » des vulnérabilités. À l’École comme à l’hôpital, on étiquette, on quantifie, on oriente… mais on ne soigne plus.
Et les inspecteurs dans tout ça ?
Les personnels d’inspection, cadres intermédiaires du système éducatif, sont pris dans une tension permanente entre loyauté institutionnelle et éthique professionnelle. On leur demande d’animer, d’accompagner, d’évaluer, de mettre en œuvre des réformes successives… sans moyens, sans formation suffisante, et souvent sans soutien.
Eux aussi voient croître les cas de mal-être chez les enseignants, les directions, les élèves. Eux aussi ressentent le décalage entre le terrain et les injonctions institutionnelles, entre les finalités pédagogiques et les logiques comptables.
Ce que nous demandons
Le SNCI-FO refuse cette politique de gestion technocratique de la souffrance. Nous exigeons :
- Une reconnaissance de la souffrance professionnelle des personnels (y compris les inspecteurs), fondée sur une analyse structurelle du travail, et non sur des questionnaires ou des numéros verts.
- Un moratoire sur les réformes successives, dont l’empilement fragilise le sens du métier.
- Une relance des recrutements, avec des personnels formés en nombre suffisant pour accompagner les élèves en difficulté.
- Une politique de santé au travail ambitieuse, fondée sur la qualité du travail réel, et non sur des indicateurs creux.
Le retour à une conception humaniste de l’École, qui respecte les élèves comme les professionnels, et rompt avec les logiques néolibérales du chiffre, de la performance et de la concurrence. Faire de la santé mentale une « grande cause » n’a de sens que si l’on agit sur ce qui la détruit : les politiques austéritaires, la casse des collectifs de travail, la bureaucratisation du soin et de l’éducation. À défaut, les annonces de la ministre ne seront qu’un nouvel écran de fumée.
Le SNCI-FO appelle à une mobilisation de tous les personnels — y compris ceux de l’encadrement — pour remettre la santé, le soin, et le sens du travail au cœur de l’École républicaine.