RÉVISION DE LA CARTE DE L’ÉDUCATION PRIORITAIRE : LES IPS DE LA RÉUNION IMPOSENT 14 RÉSEAUX D’ÉDUCATION PRIORITAIRE SUPPLÉMENTAIRES ET LES MOYENS QUI VONT AVEC

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Les don­nées publiques de la DEPP sont sans ambi­guï­té : à IPS com­pa­rable, La Réunion est struc­tu­rel­le­ment sous-dotée en réseaux d’é­du­ca­tion prio­ri­taire par rap­port à des ter­ri­toires hexa­go­naux aux carac­té­ris­tiques sociales équi­va­lentes. Le SNCI-FO exige que cette ano­ma­lie soit cor­ri­gée — et que toute exten­sion du péri­mètre REP dans l’a­ca­dé­mie s’ac­com­pagne des moyens humains et bud­gé­taires cohé­rents avec ce qu’elle implique réel­le­ment.

Un sous-classement structurel que les données publiques documentent sans équivoque

La Réunion figure par­mi les dépar­te­ments dont les éta­blis­se­ments affichent un IPS moyen infé­rieur à 90, aux côtés de Mayotte et de la Guyane — soit les niveaux les plus bas de France. À la ren­trée 2024, plus de 50 % des élèves réunion­nais du sec­teur public étaient déjà sco­la­ri­sés en édu­ca­tion prio­ri­taire, pro­por­tion excep­tion­nelle à l’é­chelle natio­nale.

Or la carte de l’é­du­ca­tion prio­ri­taire n’a pas été révi­sée depuis la refon­da­tion de 2014–2015. Depuis lors, les évo­lu­tions socio-éco­no­miques ont pro­duit une carte qui néces­site d’être révi­sée : il existe aujourd’­hui des éta­blis­se­ments clas­sés en REP dont l’IPS est infé­rieur à celui d’é­ta­blis­se­ments clas­sés en REP+, et des ter­ri­toires dont la pau­pé­ri­sa­tion crois­sante n’est pas reflé­tée dans le clas­se­ment actuel.

La Réunion illustre pré­ci­sé­ment cette situa­tion : des éta­blis­se­ments pré­sen­tant des IPS équi­va­lents à des éta­blis­se­ments hexa­go­naux clas­sés en édu­ca­tion prio­ri­taire n’ont pas béné­fi­cié du même trai­te­ment. C’est une rup­ture d’é­ga­li­té de trai­te­ment entre aca­dé­mies qu’une révi­sion doit impé­ra­ti­ve­ment et rapi­de­ment cor­ri­ger.

Sur la base d’une lec­ture rigou­reuse des don­nées dis­po­nibles, le SNCI-FO consi­dère qu’au moins 14 réseaux sup­plé­men­taires (7 REP et 7 REP+) sont jus­ti­fiés pour l’a­ca­dé­mie de La Réunion.

Le calendrier réglementaire impose d’agir maintenant

La révi­sion de la carte est contrainte par un calen­drier pré­cis, qui impose une sta­bi­li­sa­tion au moins dix mois avant toute ren­trée sco­laire — repous­sant au mieux toute refonte effec­tive à la ren­trée 2026. Les tra­vaux bud­gé­taires et les opé­ra­tions de carte sco­laire qui condi­tionnent l’ef­fec­ti­vi­té de nou­veaux clas­se­ments doivent donc être enga­gés sans délai. Attendre la publi­ca­tion offi­cielle d’une hypo­thé­tique carte révi­sée pour ouvrir les dis­cus­sions sur les moyens asso­ciés, ce serait repro­duire l’er­reur inverse : un clas­se­ment sans res­sources n’est qu’une dési­gna­tion admi­nis­tra­tive.

La ques­tion du pilo­tage péda­go­gique est au cœur du sujet

Le SNCI-FO est le syn­di­cat des corps d’ins­pec­tion. C’est à ce titre qu’il sou­ligne ce que l’ex­ten­sion du péri­mètre REP implique concrè­te­ment pour l’or­ga­ni­sa­tion du pilo­tage aca­dé­mique.
Le pilo­tage de chaque réseau d’é­du­ca­tion prio­ri­taire repose sur un tri­nôme : le prin­ci­pal de col­lège, l’IEN de cir­cons­crip­tion et l’IA-IPR réfé­rent. Ce modèle n’est pas une for­ma­li­té admi­nis­tra­tive : il consti­tue la colonne ver­té­brale du tra­vail inter-degrés, de la conti­nui­té péda­go­gique au ser­vice des élèves les plus fra­giles. NE pas prendre en compte la situa­tion de l’académie de La Réunion, ce serait pour­suivre la dégra­da­tion de l’ac­com­pa­gne­ment dans l’en­semble des réseaux et ne pas rendre effec­tif le prin­cipe d’équité.
Ce rai­son­ne­ment est struc­tu­rel. L’é­du­ca­tion prio­ri­taire sans moyens per­met­tant une pilo­tage péda­go­gique effec­tif n’est qu’une éti­quette. C’est pré­ci­sé­ment ce que le SNCI-FO refuse.

Ce que le SNCI-FO exige

Pre­miè­re­ment, que la carte sco­laire de l’académie de La Réunion s’ac­com­pagne d’une dota­tion en postes ensei­gnants per­met­tant l’ap­pli­ca­tion effec­tive des dis­po­si­tifs régle­men­taires propres à l’é­du­ca­tion prio­ri­taire — dédou­ble­ments, temps de concer­ta­tion, sta­bi­li­sa­tion des équipes — et non d’un simple chan­ge­ment de clas­se­ment à moyens constants.
Deuxiè­me­ment, que le ren­for­ce­ment des corps d’ins­pec­tion à La Réunion soit ins­crit dans les pro­chaines opé­ra­tions de carte des emplois, en pro­por­tion du péri­mètre de pilo­tage réel­le­ment atten­du. L’ins­pec­tion ne peut pas assu­mer des mis­sions sup­plé­men­taires sans que les condi­tions de leur exer­cice soient garan­ties.
Troi­siè­me­ment, que les don­nées IPS ayant fon­dé les arbi­trages sur la révi­sion de la carte dans l’a­ca­dé­mie soient com­mu­nic­quées aux ins­tances repré­sen­ta­tives du per­son­nel, afin que le contrôle démo­cra­tique sur les déci­sions prises puisse s’exer­cer plei­ne­ment.

En conclu­sion

Le SNCI-FO sou­tient toute mesure qui aligne les moyens de l’É­cole publique sur les besoins effec­tifs des élèves. Mais il refuse que la label­li­sa­tion tienne lieu de poli­tique. De nou­veaux réseaux d’é­du­ca­tion prio­ri­taire à La Réunion, c’est autant de tri­nômes de pilo­tage à consti­tuer, de classes à dédou­bler, d’é­quipes à for­mer et à sta­bi­li­ser. C’est un enga­ge­ment bud­gé­taire, pas une annonce.