Le SNCI-FO s’oppose fermement à cette démarche et rappelle que la baisse démographique est une opportunité, non un prétexte à la contraction du service public d’éducation.
Le 23 avril 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, annonçait la mise en place d’une « expérimentation inédite de construction de la carte scolaire » dans 18 départements répartis sur 17 académies. Cette démarche, présentée comme un changement de méthode — partir des réalités démographiques et géographiques des territoires pour en déduire un schéma d’emploi —, appelle de notre part une analyse rigoureuse et une opposition résolue.
Ce que dit le ministère, et ce qu’il ne dit pas
Le communiqué ministériel est construit sur une rhétorique de la proximité et de l’anticipation. Il s’agit, selon les termes du ministre, de replacer « l’École au cœur des enjeux d’aménagement du territoire ». Mais derrière ce langage de l’ingénierie territoriale, la logique opératoire est transparente : à partir d’une projection démographique pluriannuelle, les acteurs locaux seront invités à construire ensemble la carte scolaire, en intégrant notamment les « contraintes de transport propres à chacun ». C’est à partir de ce travail que sera « déduit un schéma d’emploi cohérent, qui sera présenté en loi de finances ».
La séquence mérite d’être lue dans l’ordre : les suppressions de postes ne seront plus décidées au niveau national puis déployées dans les territoires — elles seront co-construites localement, avant d’être entérinées dans le budget de l’État. Le changement de méthode n’est pas un changement de cap. C’est un changement de responsabilité.
Une démarche qui concerne directement les IEN chargés de circonscription
Le SNCI-FO représente les corps d’inspection de l’Éducation nationale, et notamment les inspecteurs de l’Éducation nationale chargés de circonscription du premier degré. Ces personnels sont au cœur des missions que cette expérimentation entend reconfigurer : l’élaboration de la carte scolaire, le suivi des seuils d’ouverture et de fermeture de classes, le dialogue avec les équipes pédagogiques, les collectivités et les familles.
Faire des IEN des acteurs d’une concertation dont l’issue budgétaire est prédéterminée revient à leur faire porter, professionnellement et symboliquement, des décisions qui relèvent de choix politiques assumés par l’État. C’est une instrumentalisation inacceptable de leur fonction, qui aggrave la dérive managériale que nous dénonçons.
La baisse démographique : une opportunité que l’on s’apprête à gâcher
Le ministère invoque la perspective d’1,7 million d’élèves en moins d’ici 2035 pour justifier une adaptation de l’offre scolaire. Cette donnée est réelle. Mais le raisonnement qui en est tiré ne s’impose nullement : la baisse des effectifs élèves n’est pas, en soi, une contrainte imposant des fermetures de classes ou d’écoles. Elle est, pour qui dispose d’une ambition éducative, une opportunité historique.
Réduire les effectifs par classe, améliorer les conditions d’accueil des élèves à besoins particuliers, renforcer l’inclusion scolaire, développer la formation des enseignants, consolider les dispositifs d’accompagnement : voilà ce que permettrait une gestion de la démographie scolaire au service de la qualité éducative. Ce n’est pas ce que propose l’expérimentation Geffray, dont la finalité déclarée est d’en « déduire un schéma d’emploi cohérent ».
Une gouvernance qui contourne les instances nationales
Cette expérimentation s’inscrit dans une dynamique plus large de territorialisation de la politique éducative, amorcée par le protocole signé en avril 2025 entre le ministère et l’Association des maires de France, et étendue par le bulletin officiel de janvier 2026. Le SNCI-FO observe avec inquiétude cette tendance à substituer la concertation locale à la décision nationale et statutaire.
L’École de la République est une institution nationale. Elle garantit à chaque élève, quel que soit son territoire de résidence, un accès équitable à un service public d’enseignement. Confier aux dynamiques locales — avec leurs inégalités structurelles, leurs contraintes logistiques et leurs pressions politiques — la définition de l’offre scolaire, c’est mettre en péril ce principe fondamental.
La position du SNCI-FO
Il soutient la position de sa fédération, la FNEC FP-FO, qui a refusé de participer à l’atelier prospectif du ministère et appelle les personnels à poursuivre les mobilisations.
Il exige que la baisse démographique soit traitée comme ce qu’elle est : une ressource au service d’une École publique de meilleure qualité, et non comme un levier d’économies budgétaires.
Il revendique l’annulation des 4 000 suppressions de postes du budget 2026, la réduction des effectifs par classe, le renforcement des dispositifs d’inclusion et de formation, et la préservation d’un réseau scolaire de proximité garant de l’égalité républicaine.
Il demande que les IEN chargés de circonscription ne soient pas placés en situation de co-gérer des suppressions de postes décidées en amont, et que leur rôle pédagogique et institutionnel soit pleinement respecté.