Non au pilotage par l’injonction,oui aux moyens pour l’égalité des droits !
Le ministère demande aux personnels d’inspection un « effort supplémentaire » pour accompagner 15 % des écoles et des établissements identifiés comme les plus fragiles dans les académies. Cette nouvelle orientation s’inscrit une fois encore dans une logique de pilotage par objectifs, sans création de postes, sans moyens nouveaux, et en faisant peser sur les personnels d’inspection la responsabilité de politiques publiques structurellement sous-dotées.
Le SNCI-FO le rappelle avec force :
l’expertise pédagogique des personnels d’inspection est indispensable, mais elle est très largement insuffisante si elle n’est pas accompagnée de moyens humains, financiers et statutaires à la hauteur des enjeux.
Réduire la difficulté scolaire à une question de pratiques pédagogiques relève d’une approche simplificatrice, inefficace et dangereuse.
« Faire plus avec moins » : une réalité budgétaire assumée par le ministère
Cette nouvelle injonction ministérielle ne peut être analysée indépendamment du contexte général dans lequel elle s’inscrit.
Depuis des années, chaque budget se traduit par des suppressions de postes d’enseignants et d’administratifs par milliers, dans le premier comme dans le second degré. Dans le même temps, les fonctionnaires subissent le blocage du point d’indice depuis l’an 2000, avec pour conséquence une dévalorisation du pouvoir d’achat estimée à environ 35 %. Cette perte salariale massive pèse sur l’attractivité des métiers, sur les conditions d’exercice et sur la stabilité des équipes, y compris celles de l’encadrement et des personnels d’inspection.
Demander aujourd’hui aux personnels d’inspection « d’en faire plus » revient donc à leur demander de compenser, par leur engagement et leur expertise, des décennies de politiques de restriction budgétaire.
La réussite des élèves ne se décrète pas : elle se construit par des politiques publiques cohérentes
Si le ministère souhaite réellement améliorer les conditions de scolarité des élèves les plus fragiles, alors tous les aspects de la vie des écoles et des établissements concernés doivent être analysés et traités, bien au-delà de la seule dimension pédagogique.
1. Des temps de scolarité réellement assurés pour tous les élèves
Avant toute chose, il convient d’interroger :
- le nombre réel d’heures et de journées de classe effectuées par les élèves ;
- l’effectivité du remplacement dans le premier et le second degrés et les moyens qui y sont dédiés.
Sans remplacement effectif, sans moyens suffisants, il n’y a pas de scolarité complète, et donc pas de réussite possible. Les milliers de suppressions de postes successives rendent cette situation structurelle dans le premier comme dans le second degré.
2. Le rôle central des RASED auprès des élèves les plus fragiles
Toute politique sérieuse en direction des élèves en difficulté doit s’appuyer sur des personnels spécialisés en nombre suffisant.
Sans moyens humains spécialisés, les élèves les plus fragiles restent sans accompagnement, malgré les annonces ministérielles répétées.
3. L’inclusion scolaire ne peut être une inclusion de façade
Le SNCI-FO exige que soient prises en compte :
- les données réelles relatives à la mise en œuvre de l’inclusion scolaire ;
- l’urgence de donner un Statut aux Accompagnant·e·s d’élèves en situation de handicap ;
- le respect strict des décisions des MDPH.
Faute de moyens, trop d’élèves en situation de handicap sont privés de soins, d’accompagnement et de compensation. Les politiques de “mutualisation” et de “pôles” (PIAL, PAS) n’y changeront rien, l’inclusion sans moyens est une maltraitance institutionnelle.
4. Le périscolaire et l’extrascolaire : des leviers essentiels dégradés par les baisses de crédits
L’accompagnement des élèves fragiles nécessite :
- des dispositifs d’aide au travail scolaire ;
- des interventions éducatives péri et extrascolaires ;
- un soutien réel aux familles.
Sans financements publics suffisants et inscrits dans un cadre national, ni l’École publique ni ses partenaires ne peuvent répondre aux besoins.
5. Les réalités sociales doivent être au cœur de l’analyse
Toute action sérieuse suppose de prendre en compte :
- les revenus des foyers ;
- la qualité de l’habitat ;
- l’accès aux réseaux de soins et aux services publics.
Sans services publics sociaux, éducatifs et de santé, il ne peut y avoir d’égalité réelle des droits face à l’éducation.
Des moyens pour les personnels d’inspection : une condition indispensable
Le travail supplémentaire exigé par le ministère suppose des moyens concrets :
- dans le premier degré :
- un troisième conseiller pédagogique de circonscription ;
- un secrétariat par circonscription, sous Statut, à temps plein ;
- dans le second degré :
- des formateurs académiques en nombre suffisant ;
- des moyens administratifs pérennes et adaptés aux besoins.
Le SNCI-FO revendique la fin des mutualisations, des contractualisations précaires et des temps partiels imposés, qui dégradent les conditions de travail et l’efficacité de l’École publique.
Rompre avec le nouveau management public
La politique ministérielle actuelle s’inscrit pleinement dans la logique du nouveau management public : suppressions de postes, austérité salariale, injonctions à la performance, individualisation des responsabilités.
Cette logique du « toujours plus avec toujours moins », largement accompagnée ces dix dernières années par le SUI-FSU et le SIEN-UNSA, est une impasse pour l’École publique comme pour les personnels.
Pour le SNCI-FO : une autre politique est nécessaire
Le ministère continue de demander aux personnels d’inspection d’en faire toujours plus avec toujours moins : postes supprimés, salaires gelés, services mutualisés, temps partiels imposés. Cette logique, accompagnée depuis des années par le SUI-FSU et le SIEN-UNSA, montre ses limites : elle sacrifie les élèves les plus fragiles et dégrade les conditions de travail.
Le SNCI-FO, lui, propose un autre chemin en affirmant que :
- la réussite des élèves ne se construira pas sans moyens ;
- les personnels d’inspection ne doivent pas être les amortisseurs de politiques de pénurie ;
- seule une rupture avec les logiques managériales et budgétaires actuelles permettra de répondre aux besoins réels.
Des postes, des salaires revalorisés, des Statuts, une école publique renforcée : c’est la seule voie pour l’égalité des droits et la réussite de tous les élèves.
Lors des élections professionnelles de décembre 2026, voter SNCI-FO, c’est choisir l’indépendance syndicale, la défense collective des missions et des Statuts, et dire non à la précarité imposée par une logique soutenue par d’autres syndicats, et oui à une École publique forte et équitable.