80 ANS DE LA SÉCURITÉ SOCIALE : HOMMAGE À UNE CONQUÊTE SOCIALE MAJEURE, PILIER DE LA RÉPUBLIQUE !

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Créée en 1945, la Sécu­ri­té sociale fête cette année ses 80 ans. Pilier de notre modèle social, elle reste plus que jamais d’actualité dans un contexte de crise sociale, éco­no­mique et poli­tique. À tra­vers cet anni­ver­saire, Force Ouvrière rend hom­mage à une conquête syn­di­cale majeure, indis­so­ciable de son his­toire et de son combat pour une Répu­blique sociale.

Une longue construction historique

Si la Sécu­ri­té sociale naît offi­ciel­le­ment au sor­tir de la Seconde Guerre mon­diale, elle est l’aboutissement d’un long pro­ces­sus, au croi­se­ment de tra­di­tions d’assistance, de luttes sociales et d’évolutions poli­tiques.

Dès le Moyen Âge, la soli­da­ri­té passe par les œuvres cha­ri­tables, les hos­pices et une ges­tion locale de la pau­vre­té. Avec la crois­sance urbaine et les risques sani­taires crois­sants, les muni­ci­pa­li­tés struc­turent dès le XVIe siècle une aide publique rudi­men­taire. Au XIXe siècle, l’industrialisation fait émer­ger une « ques­tion sociale » mar­quée par la pré­ca­ri­té des ouvriers, la mul­ti­pli­ca­tion des acci­dents du tra­vail, et l’absence de pro­tec­tion face à la mala­die ou à la vieillesse.

Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’État com­mence à légi­fé­rer : lois d’assistance, recon­nais­sance de la res­pon­sa­bi­li­té patro­nale, assu­rances sociales embryon­naires… autant d’avancées encore frag­men­taires. Il faut attendre les années 1928–1930 pour que soient créées les pre­mières assu­rances sociales obli­ga­toires pour les sala­riés modestes. Mais ces dis­po­si­tifs res­tent com­plexes, dis­per­sés, et très incom­plets.

1945 : la fondation d’un projet de société

C’est en 1945 que tout bas­cule. Sous l’impulsion des mili­tants de la CGT d’alors – dont les futurs fon­da­teurs de FO – et du haut fonc­tion­naire Pierre Laroque, la Sécu­ri­té sociale voit le jour. Loin d’un simple outil de pré­voyance, elle se conçoit comme une garan­tie uni­ver­selle, soli­daire et durable, contre les aléas de la vie : mala­die, mater­ni­té, vieillesse, acci­dent du tra­vail, inva­li­di­té…

Le pro­jet de Georges Buis­son, figure his­to­rique du syn­di­ca­lisme, por­tait une ambi­tion forte : uni­ver­sa­li­té des droits, ges­tion par les assu­rés eux-mêmes, sépa­ra­tion nette entre assu­rance et cha­ri­té, et sur­tout une logique de redis­tri­bu­tion : « cha­cun cotise selon ses moyens, cha­cun reçoit selon ses besoins ».

Les ordon­nances d’octobre 1945 concré­tisent une avan­cée his­to­rique. Le sys­tème repose alors sur le prin­cipe du salaire dif­fé­ré : une part de la richesse pro­duite par le tra­vail est socia­li­sée, sous forme de coti­sa­tions, pour finan­cer col­lec­ti­ve­ment la pro­tec­tion des tra­vailleurs et de leurs familles.

Une modernité toujours intacte

La Sécu­ri­té sociale, cette « vieille dame de 80 ans », est en réa­li­té d’une moder­ni­té inouïe. Qui pense à elle lorsqu’il paie ses médi­ca­ments quelques cen­times ? Lorsqu’il consulte un méde­cin sans avance de frais ? Lorsqu’il per­çoit une indem­ni­té en cas d’arrêt mala­die ou une allo­ca­tion fami­liale ? La Sécu est par­tout, silen­cieuse, pré­sente dans toutes les étapes de nos vies.

Elle consti­tue un amor­tis­seur puis­sant dans les crises sani­taires, éco­no­miques ou sociales. Sa mis­sion dépasse la seule pro­tec­tion sociale : elle est aus­si une poli­tique des reve­nus, de la san­té, de l’emploi, de la digni­té.

Mais une conquête fragilisée

Pour­tant, la Sécu est en dan­ger. Le finan­ce­ment par coti­sa­tions sociales – seul garant de droits oppo­sables et de ges­tion par les par­te­naires sociaux – est de plus en plus fra­gi­li­sé. Les exo­né­ra­tions mas­sives de coti­sa­tions patro­nales (près de 80 mil­liards par an) sont par­tiel­le­ment com­pen­sées par l’impôt. Ce glis­se­ment vers une logique fis­cale éloigne la Sécu­ri­té sociale de son modèle ori­gi­nel et intro­duit une dépen­dance vis-à-vis de choix bud­gé­taires et poli­tiques.

À cela s’ajoutent des attaques plus directes contre son fonc­tion­ne­ment même : ten­ta­tives de reprise en main par l’État, affai­blis­se­ment du rôle des caisses, remise en cause du contrôle médi­cal, et baisses pro­gram­mées des rem­bour­se­ments. Ces évo­lu­tions remettent en cause le pari­ta­risme, la soli­da­ri­té et l’autonomie de ges­tion – pour­tant au cœur du pro­jet de 1945.

FO, syndicat de la Sécurité sociale

Force Ouvrière est issue de ce com­bat fon­da­teur. Georges Buis­son, pion­nier de la Sécu­ri­té sociale, est une figure essen­tielle de la scis­sion de 1948 et de la créa­tion de FO. Ce lien his­to­rique, mais aus­si poli­tique, fonde notre atta­che­ment pro­fond à la Sécu.

Aujourd’hui encore, des mil­liers de mili­tants FO siègent dans les caisses, au niveau local et natio­nal, pour défendre au quo­ti­dien ce modèle unique. FO reven­dique le retour au finan­ce­ment par coti­sa­tions, une poli­tique de san­té publique ambi­tieuse, la défense du salaire dif­fé­ré et du pari­ta­risme.

Nous le réaf­fir­mons avec force : la Sécu­ri­té sociale est un choix de socié­té. Elle incarne une cer­taine idée de la Répu­blique, qui ne laisse per­sonne sur le bord du che­min. Une Répu­blique sociale, soli­daire et démo­cra­tique.

Pour conclure

Alors que cer­tains rêvent de faire de la Sécu une simple variable d’ajustement bud­gé­taire ou une annexe éta­ti­sée de la poli­tique de san­té, le SNCI-FO s’associe plei­ne­ment aux hom­mages ren­dus à cette conquête ouvrière. En tant qu’organisation syn­di­cale des per­son­nels d’inspection, nous savons à quel point la Sécu est aus­si un outil de cohé­sion natio­nale, d’égalité réelle et de jus­tice sociale.

La Sécu­ri­té sociale est plus qu’un dis­po­si­tif : c’est un pilier, un acquis, un sym­bole. À 80 ans, elle mérite mieux que des res­tric­tions. Elle mérite un nou­vel élan, fidèle à ses prin­cipes fon­da­teurs. Et pour cela, elle pour­ra tou­jours comp­ter sur FO.